Intention ou illusion ?

Ce que nous appelons notre intention, serait-ce une histoire que nous nous racontons à nous-même ? Qui en moi décide ? Que nous disent les récentes expériences en neurophysiologie ?

Dr Fabrice Berna

psychiatre

Décidons-nous de notre vie ?

Nous vivons généralement avec le sentiment que nous décidons de notre vie, le sentiment qu’en tant qu’êtres humains, nous sommes capables de choix. Nos décisions, pensons-nous, sont mûrement pensées, réfléchies, puis seulement ensuite, mises en actes. Notre intention est ainsi considérée comme l’étape qui précède la réalisation d’une action et de ce fait, une des composantes de la volonté. On peut même dire que l’intention est la composante immatérielle de l’action, l’action correspondant en quelque sorte à la matérialisation de cette pensée. Cependant, les recherches scientifiques qui s’intéressent à la volonté et à l’intention apportent sur ces phénomènes une compréhension bien différente de l’expérience que nous en faisons quotidiennement. Examinons de plus près ce qu’il en est.

Action volontaire ou déterminée ?

D’un point de vue neurophysiologique, il est difficile de définir ce qu’est une action volontaire, même lorsqu’on s’intéresse à un simple mouvement de la main, comme prendre un stylo, par exemple. L’action volontaire est plutôt définie par opposition à l’action réflexe. Un réflexe correspond à un mouvement déclenché immédiatement en réponse à un stimulus extérieur. C’est par exemple ce que le médecin recherche lorsqu’il percute le genou avec son marteau réflexe : il observe si la cuisse se contracte. Ce mouvement de la cuisse se fait de façon automatique, indépendamment de notre volonté : c’est un mouvement réflexe. Un mouvement volontaire est donc, par opposition, un mouvement qui ne naît pas en réaction à un stimulus extérieur. Voilà une définition en apparence simple, mais qui mérite quelques précisions. Un mouvement est considéré comme volontaire 1) s’il n’est pas déterminé par une stimulation extérieure identifiable ou 2) si cette stimulation extérieure n’influence le mouvement que de manière très indirecte ou secondaire. Ces précisions suggèrent qu’une action est dite “volontaire” tant que l’on n’a pas réussi à mettre en évidence ce qui l’a “provoquée”. Une autre manière d’exprimer cette idée est de dire qu’une action est “par essence” déterminée et volontaire seulement “par défaut” ou “faute de preuve”.

La suite dans la revue n°36

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Le champ du point zéro

Carl F. Hessin

praticien énergéticien

Intentions humaines capables de changer le monde

Les Chinois ont un proverbe intéressant : “La différence entre le possible et l’impossible est la mesure de la volonté de l’homme”. La signification est évidente : si les intentions humaines ont suffisamment de force, elles transforment le monde…

La majorité d’entre nous aura traduit le mot “force” par ”effort intense dans l’action”. Mais peu se rendent compte que ce mot “force” peut aussi désigner la puissance des idées, théories, concepts religieux ou scientifiques. Ces pensées s’inscrivent peu à peu dans l’inconscient collectif et conditionnent profondément notre façon de vivre. Tantôt elles entraînent nos civilisations dans le malheur, tantôt elles sont capables de leur redonner l’espoir.

Civilisation cartésienne et matérialiste

Après des millénaires de civilisations où prédominait la pensée religieuse, la pensée scientifique domine depuis quelque 400 ans et propose un modèle mécanique de l’univers, fondé sur la vision d’Isaac Newton (environ 1680). Selon lui, tout n’est que jeu de forces, tout n’est soumis qu’aux lois physiques de la mécanique et du mouvement qui règlent le devenir des objets et des particules se déplaçant dans un univers vide. Nul besoin de Dieu pour expliquer les mystères de la nature, nul besoin de l’homme puisque, même sans lui, le monde tourne très bien.

Avant Newton, Descartes avait donné de l’homme l’image d’une machine : un corps physique doté d’une pensée séparée de la matière de ce corps. Puis Darwin avait ajouté sa théorie d’un monde où toute évolution est basée sur la survie du plus fort.

L’adoption de ces théories par les humains a fait que, dans leur monde, amour, entraide, respect réciproque, gratitude, interdépendance… ne sont plus valorisés : il s’agit d’être le meilleur pour survivre. Cette vision du monde, même si elle a permis des progrès remarquables dans le domaine de la science, du génie civil, de notre quotidien, a l’inconvénient de nous avoir privés d’un sens élevé de la vie, en nous donnant des valeurs uniquement matérielles et des buts liés à l’avoir, de nous avoir séparés les uns des autres. L’âme, l’esprit, la conscience, Dieu, n’existent plus de façon nécessaire. L’autre nous est étranger, il peut même être un obstacle ou un danger à notre propre survie. La nature est une source de profit et l’homme, créature supérieure, a sur elle tous les droits. Nous connaissons les conséquences sociales et écologiques de ce mode de pensée.

La suite dans la revue n°36

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Du boomerang à Princeton

Francis Sehl

formateur

Le mystère du boomerang égyptien

Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de faire un voyage en Egypte et, à cette occasion, de visiter le fameux musée d’égyptologie du Caire. Lors de cette visite, mon attention fut attirée vers une vitrine du secteur réservé aux trouvailles faites dans le tombeau de Toutankhamon. Cette vitrine contenait une collection importante de différents boomerangs que ce jeune pharaon utilisait pour la chasse. Une gravure d’époque le montre manipulant cette arme. J’étais très profondément étonné : comment se fait-il qu’un pharaon puisse connaître le boomerang, cette arme utilisée ailleurs dans le monde uniquement par les aborigènes d’Australie ? L’hypothèse du voyage d’un Australien vers l’Egypte, ou inversement d’un Egyptien vers l’Australie, me paraissait peu probable, l’Australie étant une île, et les deux pays étant presque diamétralement opposés sur la mappemonde. N’ayant pas la réponse à cette question qui pourtant m’obsédait, je l’ai laissée de côté pendant longtemps.

Quelques explications d’un érudit

Quelques années plus tard, j’eus l’occasion de travailler professionnellement à Paris avec un féru de philosophie et d’ésotérisme à qui je parlai de cette question. Il me répondit qu’il n’y avait peut-être pas eu besoin d’un voyage physique pour que cette connaissance se répande.

Je ne comprenais pas. Comment des connaissances peuvent-elles voyager seules ?

Il m’expliqua que les connaissances, toutes les connaissances humaines, et même des connaissances anciennes, deviennent accessibles à ceux qui ont l’intention d’y accéder.

Il me parla des “chroniques de l’Akasha”, un ensemble de connaissances de tous les événements, de tous les faits et gestes de chaque humain, et dans lesquelles les sages de l’Inde savent lire…

La suite dans la revue n°36

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Les phénomènes psychiques existent

Une caractéristique du vide cosmique est celle d’un champ qui pénétrerait toutes choses, les reliant entre elles, un champ qui conserve et transmet toutes les informations contenues dans l’univers

Pierre Maharan

psychosociologue

De tout temps, les philosophes ont questionné la capacité de l’individu à influer, grâce à sa volonté, à la force de son intention, sur le cours de sa vie et sur son environnement.

Certains se sont penchés sur la nature de cette force et se sont mis en recherche d’éléments d’explications. Plus récemment, la science elle-même commence à dégager quelques pistes.

Ainsi, depuis plus d’un siècle, nombre de scientifiques ont accumulé les expériences cherchant à évaluer la capacité du psychisme d’un individu à influer par la seule pensée sur son environnement et, en particulier, dans le domaine de la relation.

L’influence à distance

Dans ce domaine, il est quelques expériences plus ou moins spectaculaires, qui ont contribué à éveiller la curiosité. Parmi les plus significatives, on trouve celles de Cleve Backster, spécialiste reconnu du “détecteur de mensonge”, qui est à l’occasion utilisé pour vérifier l’authenticité des propos d’une personne interrogée. A partir des années 1960, Backster a consacré sa carrière à expérimenter l’influence des intentions ou des états émotionnels des individus sur les plantes, les bactéries, les humains… Il a notamment découvert que de simples cellules prélevées réagissent aux états émotionnels de leur propriétaire, alors que celui-ci est situé à une distance de plusieurs centaines de kilomètres.

Paranormal et dérapage

Il existe quantité d’expérimentations plus ou moins sérieuses et dignes d’intérêt qui ont évidemMent levé le tollé des sceptiques. Il en découle toute une littérature de théories plus ou moins réalistes et plus ou moins vérifiables.

La fin du 19e siècle avait vu un premier élan d’intérêt pour les phénomènes d’hypnose, le mesmérisme, le spiritisme, l’illusionnisme et tout ce qui a trait au paranormal. Les dérapages et escroqueries divers dans ce domaine, en particulier de ceux qui étaient les plus médiatisés, ont mené les scientifiques à fermer la porte à une étude sérieuse de la psyché dans sa dimension perceptive, subjective, qui correspond aux capacités psychiques telles que la télépathie, la clairvoyance, les états de conscience modifiés…

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Enfin de bonnes nouvelles !

Alors, qu’est-ce qu’on attend ?

Yann Arthus-Bertrand

Isabelle Delannoy

Tewfik Fares

co-auteurs du film “Home”

Il est trop tard pour être pessimiste.

Il est trop tard pour être pessimiste. Je sais qu’un homme, même seul, peut abattre tous les murs. Il est trop tard pour être pessimiste. Dans le monde, quatre enfants sur cinq vont à l’école. Jamais l’instruction n’a été donnée à tant d’êtres humains. Chacun peut agir, du plus pauvre au plus riche. Le Lesotho, l’un des pays les plus démunis de la planète, est celui qui investit le plus largement ses richesses dans l’éducation. Le Qatar, l’un des plus riches, s’ouvre aux meilleures universités du monde. La culture, l’éducation, la recherche, l’innovation, sont des ressources inépuisables. Face aux malheurs et aux souffrances, des millions d’O.N.G. apportent la preuve que la solidarité des peuples est plus forte que l’égoïsme des nations. Au Bengladesh, un homme a eu l’idée de créer une banque impensable : elle ne prête qu’aux pauvres. En 30 ans à peine, elle a changé la vie de 150 millions de personnes dans le monde.

La solidarité des peuples est plus forte que l’égoïsme des nations

L’Antarctique est un continent aux ressources immenses que personne ne pourra plus s’approprier, une réserve dédiée à la paix et à la science. Un traité signé par 49 états en a fait le bien de l’humanité entière. Il est trop tard pour être pessimiste. Les gouvernements protègent près de 2% de leur eau territoriale : c’est peu, mais c’est déjà deux fois plus qu’il y a dix ans. Les premiers parcs naturels ont un peu plus d’un siècle, ils recouvrent près de 13% des continents, ils créent des espaces où l’activité humaine se conjugue à la préservation des espèces, des sols et des paysages. Cet accord des hommes et de la terre peut devenir la règle, et non plus l’exception. Aux Etats-Unis, New York a compris les services que rend la nature. Ses forêts et ses lacs fournissent l’eau potable de toute la ville. En Corée du sud, les forêts avaient été dévastées lors de la dernière guerre. Grâce à un programme national de reboisement, elles couvrent de nouveau 65% de la surface du pays. Plus de 75% du papier est recyclé. Le Costa Rica a fait son choix entre dépenses militaires et préservation de son territoire. Le pays n’a plus d’armée. Il a préféré mettre ses ressources dans l’éducation, l’écotourisme et la protection de sa forêt primaire. Le Gabon est l’un des plus grands producteurs de bois au monde. Il a imposé la coupe sélective : pas plus d’un arbre pour chaque hectare. Sa forêt est l’une de ses principales ressources économiques, mais elle a le temps de se régénérer. Des labels existent qui garantissent la bonne exploitation des forêts. Ils doivent devenir la norme obligatoire. Entre producteur et consommateur, la justice est une chance pour tous. Quand le commerce est équitable, qu’il bénéficie à la fois au vendeur et à l’acheteur, chacun peut faire prospérer son travail et en vivre dignement. Quelle justice et quelle équité peuvent-elles s’établir entre ceux qui travaillent à la main et ceux qui engrangent leurs récoltes à la machine avec l’aide de leurs états ? Soyons des consommateurs responsables. Réfléchissons à ce que nous achetons. Il est trop tard pour être pessimiste. J’ai vu une agriculture à la mesure de l’homme. Elle peut nourrir la terre entière si la production de viande n’accapare pas la nourriture des hommes. J’ai vu des pêcheurs responsables de leurs prises et soucieux de la prospérité des mers.

La suite dans la revue n°35

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Est-il trop tard ?

Nous devons changer notre vision et maîtriser notre pouvoir sur la nature : notre survie en dépend.

Prof. Gilles-Eric Séralini

Président du Conseil Scientifique du CRIIGEN

Interview Maya Ollier

Le CRIIGEN

Comment est né le CRIIGEN ?

Le CRIIGEN (comité de recherches et d’informations indépendantes sur le génie génétique) est né en 1999, après un an de rencontres, notamment avec l’ancienne ministre de l’environnement, Corinne Lepage. Nous étions plusieurs chercheurs, dès 1996-97, à vouloir faire un moratoire sur les OGM. Nous pensions que l’évaluation scientifique manquait à la fois de profondeur, de critères multidisciplinaires et d’éthique. Le but était d’offrir une expertise scientifique transparente, contradictoire et multidisciplinaire aux associations de citoyens, d’agriculteurs biologiques, de distributeurs alimentaires, etc. Les groupements qui avaient à faire avec l’alimentation ou l’environnement n’avaient pas de structure vers laquelle se tourner pour recevoir des conseils ou des avis sur la faiblesse des expertises qui leur étaient avancées, pour savoir comme faire de l’agriculture biologique sans être contaminés ou distribuer des aliments sans OGM, etc.

Combien d’experts êtes-vous, au sein du CRIIGEN ?

Une vingtaine d’experts dans différentes disciplines : juristes, biologistes moléculaires, sociologues (nous travaillons avec un gros laboratoire de sociologie du risque à l’Université de Caen), allergologues, entomologistes, médecins qui travaillent sur le cancer ou les maladies chroniques. Moi-même, je préside le Conseil Scientifique, et je travaille sur les effets des pesticides sur la santé, plus particulièrement sur les effets du Roundup et des OGM sur les maladies chroniques, spécialement celles qui dépendent des hormones.

La sociologie du risque

Qu’est-ce que la sociologie du risque ?

C’est la première fois dans l’histoire de notre espèce que nous sommes si nombreux sur Terre, la première fois que nous avons autant épuisé ou pollué nos ressources, la première fois que nous vivons une telle crise de la biodiversité, depuis 4 à 6 millions d’années que les hominidés existent. C’est la première fois que nous sommes capables de manipuler le patrimoine héréditaire des êtres vivants en nous substituant aux forces de l’évolution. La sociologie du risque est la prise de conscience de cette capacité à changer de monde, pour pouvoir la maîtriser et la contrôler au lieu de laisser ce pouvoir immense aux mains d’un infime nombre de manipulateurs. Il serait malsain et dangereux de ne pas avoir un contrôle à la mesure de cette puissance. Pour chaque outil, l’humanité s’est dotée de moyens de contrôle. Avec le couteau par exemple, on peut couper de la viande ou tuer son voisin, mais on a une justice et une police… La puissance de notre contrôle est le seul contrepoids pour contrecarrer la puissance de la technique, et ce contrôle va avec un développement de la prise de conscience de nos possibilités et de nos objectifs à long terme : est-ce qu’on favorise un petit nombre d’humains ou la diversité ? Quelle est la valeur de la vie humaine, et de la vie terrestre en général ?

Ce que nous faisons n’est qu’une luciole

sur un monceau d’obscurité

Etes-vous là pour poser ces questions, ou pour que les gens se les posent, ou donnez-vous également des réponses ?

Nous donnons des réponses partielles, à notre mesure, comme toutes les structures, sachant que ce que nous faisons n’est qu’une luciole sur un monceau d’obscurité ! Mais d’abord, nous posons des questions et nous favorisons la multidisciplinarité, puis nous apportons des éclairages dans les domaines de nos compétences.

A courte vue…

Quels éclairages pourriez-vous donner pour ce qui concerne notre avenir ?

Je le disais, nous vivons une crise unique dans l’histoire de l’homme pour ce qui est des capacités qu’a la planète de nous héberger, et nous devons savoir s’il y a des solutions. Nos objectifs sont clairement humanistes, et nous pensons que la diversité est le socle de la résistance. Une espèce ne peut pas survivre seule : nous dépendons d’un écosystème. Nous devons non seulement prendre conscience de cette crise, mais aussi de nos valeurs. Il y a très peu de temps que nous donnons une valeur à la vie humaine : nous sortons d’un siècle qui a vu l’esclavagisme, les camps de concentration, le travail des enfants, un siècle où la vie à court terme était la priorité : la vie des soldats n’avait guère d’importance face aux décisions de quelques hommes au pouvoir. Maintenant, nous devons décider ensemble si la qualité de vie à long terme vaut quelque chose. Il est assez fascinant de constater, même dans les pays les plus développés qui ont la plus longue espérance de vie, que nos critères médicaux ou nos critères d’évaluation des produits et des techniques que nous mettons sur le marché, sont tous dirigés vers un système à court terme. Par exemple sur le sujet qui me concerne, les OGM, on ne fait pas de tests de plus de trois mois, et l’ensemble de la communauté scientifique “réglementaire” nous dit que les OGM sont sains, qu’ils ne présentent aucun problème… : mais nous n’avons pas été capables de les tester plus de trois mois sur des mammifères ! C’est une insuffisance intellectuelle profonde de nos sociétés qui n’arrivent pas à voir à long terme. De même, quand on commercialise un pesticide, on n’est pas capable de le tester dans son écosystème, de voir à quoi il sert exactement, de voir ses effets secondaires, avant de le mettre sur le marché : pour témoin, tous les pesticides qu’on a dû retirer du marché après leur commercialisation.

Je pense que notre conscience évolue

Aujourd’hui encore, le plus grand pesticide du monde, le Roundup, sur lequel je travaille, n’a toujours pas été testé de façon complète, alors que la combinaison des produits qu’on trouve dans le Roundup tel qu’il est vendu, est parfois 100 fois plus toxique que les éléments testés par la firme : il y a là une malhonnêteté profonde, qui montre qu’on raisonne soit à court terme, soit à courte vue, puisqu’on n’évalue qu’une toute petite partie en connaissance de cause, pour favoriser une économie elle-même basée sur le court terme…La crise actuelle le montre : les systèmes régulateurs sont inventés trop tardivement par rapport à la mise en place des produits et à leur impact. Tout l’enjeu est de penser les systèmes régulateurs avant la mise en place d’une technique, mais ceci nécessite une conscience qui dépasse celle qui nous est actuellement “allouée” par le système. Mais je suis de ceux qui savent que rien n’est figé dans l’évolution. Notre conscience a évolué depuis Cro-Magnon, je ne suis pas d’accord avec les philosophes qui disent qu’il y a stagnation de la conscience : ils ne regardent que depuis 4000 ans, et ce n’est rien face à 6 millions d’années. De plus, on est quand même à l’époque des Droits de l’Homme et du respect de la vie, donc je pense que notre conscience évolue, il y a évolution du niveau global de la conscience humaine. Peut-être qu’il ne faut pas la voir comme un phénomène continu et en chacun, mais plutôt comme une espèce de comète avec une tête et une queue, avec des gens qui vont continuer à s’étriper pour rien et vivre sur leurs instincts animaux, mais nous savons quand même vivre dans un milieu relativement confortable. Aucun enfant ne sait apprendre à monter un escalier sans tomber, et l’espèce humaine se casse la figure sur beaucoup de points, mais elle a peut-être besoin de faire ces expériences douloureuses pour progresser.

Il n’est pas trop tard

De toute façon, il y a en tout cas changement progressif et augmentation de l’impact que nous avons sur le monde. En une demi-génération, nous avons changé la surface terrestre, comme cela n’avait jamais été fait depuis 4 milliards d’années. Nous sommes la seule espèce qui a été capable de changer autant l’écosystème en une demi-génération, en une demi-vie de l’espèce : les bactéries l’ont fait, mais sur 1 milliard d’années, et une bactérie vit 20 minutes, donc vous imaginez le nombre de générations qu’il leur a fallu pour créer l’oxygène et complètement modifier l’écosystème ? 26000 milliards !

Est-il trop tard pour nous ? C’est la question qui vient sur toutes les lèvres quand on est dans ce raisonnement. Pour moi, il n’est pas trop tard parce que nous ne sommes pas sous 10 km de glace. Tant que nous serons capables de lire et d’être lus par exemple, il ne sera pas trop tard, c’est une évidence pragmatique. Maintenant, a-t-on enclenché un processus irréversible ? Comme personne n’en sait rien et ne peut l’estimer parce que trop de paramètres nous échappent, nous devons faire comme si nous avions encore des possibilités, d’autant qu’on voit certaines situations se réparer, par exemple dans des milieux qui avaient été complètement détruits… Il y a quand même beaucoup d’espoir dans ce que nous voyons. Je trouve très rassurant aussi le fait même d’avoir construit l’Europe, qui est la plus grande zone de paix de l’histoire des hommes. La prise de conscience des droits de l’homme n’est pas non plus que symbolique : tuer autrui pour avoir le pouvoir, de village à village, de pays à pays, est devenu anormal dans la conscience collective, et c’est important, c’est la première étape vers la marginalisation de ces comportements qui, évidemment, selon moi, vont perdurer, puisque je vois l’histoire de notre évolution comme une comète. Mais moi, je suis terrien avant d’être européen, et européen avant d’être français, et je pense que nous devons trouver ensemble la volonté d’appartenir à une collectivité plus grande, et comprendre que notre intérêt commun est multiplié quand nous recherchons l’intérêt de l’autre.

Nous devons faire comme si

nous avions encore des possibilités

Nous avons tout imaginé

Qu’est-ce qui peut nous aider à avancer dans cette direction ?

À l’évidence, les crises - c’est ainsi qu’a fonctionné le système -, mais aussi l’anticipation de la crise dans nos cerveaux, à partir des expériences précédentes, ce que nous faisons en en parlant, et la richesse que nous avons de prendre conscience de notre pouvoir sur la matière. A l’heure où vos lecteurs liront ces lignes, s’ils tournent la tête autour d’eux, ils pourront remarquer que tout a été imaginé par un ou des humains. La transformation du monde autour de nous est complètement le fait de l’espèce humaine, il n’y a pas un centimètre carré de notre entourage qui n’ait un jour été imaginé par un ou des êtres humains. Nous vivons dans un environnement entièrement “artificiel”, on trouve même dans la jungle des résidus de nos activités industrielles. Chez les Inuits, on trouve des quantités de dioxine ou de pesticides parmi les plus importantes de la planète, alors qu’ils n’en ont pas utilisé un gramme, simplement à cause du tourbillon des vents et des atmosphères. Quelques humains, par intérêt, ont transformé le monde : nous ne fonctionnons pas en démocratie à ce niveau.

Où s’arrête ma conscience ?

Conscience du moi

N’est-ce pas le nœud du problème, que de voir principalement notre intérêt ?

Est-ce que mon intérêt et l’intérêt commun peuvent fusionner ? Est-ce que je dois défendre mon intérêt au détriment de l’intérêt de l’autre ? C’est une façon de raisonner. A quel terme dois-je raisonner : pour demain, après-demain, comme si j’avais une famille, pour une génération, pour plusieurs ? Où s’arrête ma conscience, à ma peau ? Ou bien englobe-t-elle aussi mes voisins ? Sont-ils un peu de ma conscience et suis-je un peu de la leur ? Dans le temps, où s’arrête ma conscience : est-ce que demain suffira ou dois-je voir plus loin ? Finalement, où sont les limites du moi, de ma conscience du moi ? Quelle est ma conception du monde et de l’humanité ? Le noyau chaotique de décideurs ou de transformateurs du monde a à prendre conscience que le moi est plus large qu’il n’y paraît : nous sommes des moments de 4 milliards d’années, nos atomes de carbone se sont constitués dans le cœur d’une étoile et y retourneront. Où est mon moi ? Il est en fait un moment de conscience échangée avec d’autres. Cette conscience pourrait-elle exister sans la conscience des autres ? Certainement, puisqu’on le voit chez les rats ou les enfants laissés à l’abandon, mais elle est réduite à moins que rien s’il n’y a pas d’échange : c’est l’échange qui crée la conscience. En prenant appui sur ces données, on se rend compte que le moi est plus large qu’il n’y paraît, on peut donc avoir une vision plus altruiste et à plus long terme, et il ne faut pas forcément que la majorité de l’espèce humaine ait cette conscience : il n’a pas fallu que la majorité de l’espèce humaine ait la conscience de comment on construit un canon ou une bombe atomique pour transformer l’humanité. Par contre, cette conscience doit imprégner non seulement les décideurs, les politiques ou les élites, mais aussi ceux qui ont une influence sur les autres, les artistes, les créateurs, et nous tous, en réalité. Dès qu’on choisit d’avoir sur les autres une influence positive, on participe à ce changement.

Science et spiritualité

Quand un scientifique comme vous parle de spiritualité, c’est vraiment formidable !

Beaucoup de gens parlent de spiritualité, mieux que moi. Les scientifiques sont comme tout un chacun, ils se bricolent une philosophie avec leur culture, leur passé, leurs traditions, leurs moments de vie et leurs expériences, et ils essaient de confronter ensuite cette philosophie à leur profession, de façon à être en harmonie avec elle. Je n’ai pas eu ce mal-là, car j’ai toujours considéré que la science est une découverte du monde comme la poésie, comme la peinture ou la spiritualité. Elle est une facette du cerveau humain. D’ailleurs, je me suis longtemps demandé si j’allais faire de la littérature ou de la science. J’utilise la science comme un outil dans ma découverte du monde, je suis capable de poser cet outil et d’en prendre un autre. Je déplore que nos scientifiques actuels soient considérés presque comme l’étaient les grands prêtres d’autrefois… On a remplacé le dieu barbu et punisseur par le hasard, et chacun a ses adeptes, mais quand on est dans ce combat-là, on n’est pas dans la science et on n’est pas non plus dans la réflexion spirituelle.

Terrorisme génétique

Vous parlez de la possible fabrication de “monstres génétiques microscopiques aux caractéristiques funestes”. Je n’ai pas très bien compris…

On a identifié le patrimoine génétique de virus très dangereux, comme Ebola ou le sida, ou de bactéries très dangereuses comme celles qui donnent l’anthrax. On peut placer ces gènes dans des bactéries communes, comme les levures, et les répandre ensuite dans de nouveaux écosystèmes comme l’alimentation, donc dans le corps humain. Avec quelques grammes de bactéries génétiquement modifiées - et c’est ce qu’on a craint au début de la présidence de Bush -, on peut faire du terrorisme biologique, génétique, qui consiste à fabriquer de nouveaux micro-organismes virulents, qu’on ne saura pas contrer immédiatement (puisqu’on sait même leur mettre des gènes de résistance aux antibiotiques), en combinant les caractéristiques de microbes qui se répandent beaucoup à des caractéristiques de microbes extrêmement virulents.

L’objectif étant de décimer une population ?

L’objectif est d’abord militaire, comme toujours en ce qui concerne la création d’armes destructrices. Dans les pays du G8, pendant trente ans, on a plus dépensé pour nous détruire que pour nous guérir. Ce qui est grave, c’est que ces manipulations génétiques, plus faciles que le clonage humain, sont aujourd’hui à la portée des laboratoires privés.

Manipulations psychologiques

Je vous cite encore : “Tous les outils sont là aujourd’hui qui auraient permis presque sans effort à Hitler de créer une race à part.” - j’imagine que vous parlez d’eugénisme – “On peut intervenir génétiquement pour guérir ou éviter certaines maladies physiques.” Il est donc envisageable d’intervenir pour modifier l’être humain au niveau psychologique ?

Oui, c’est possible. Certains médicaments chimiques modifient la psychologie de quelqu’un. On sait dérégler un corps pour lui donner l’épilepsie. On a des pesticides qui donnent des maladies nerveuses. On sait développer des neuromédiateurs, c’est-à-dire des hormones, qui changent le fonctionnement électrique du cerveau donc, forcément, la psychologie en est altérée complètement. Maintenant, redresser ou “créer” une psychologie est beaucoup plus difficile. Des essais ont été faits en Californie pour trier les embryons selon une liste de 400 critères génétiques, ou pour inséminer des ovules choisis avec du sperme de Prix Nobel… C’est oublier complètement le fondement même de la génétique, selon lequel une fonction n’est jamais assurée par un seul gène, mais par un réseau de gènes fonctionnant dans un environnement. Nous avons 28000 gènes, nous en utilisons quelques centaines dans une cellule, un gène peut s’exprimer ou pas, nous avons des centaines de fois plus de gènes qui assurent la santé que de gènes qui assurent la maladie, sinon nous ne serions pas vivants, ce qui signifie que lorsqu’un gène génère une possibilité de cancer, d’arthrose ou de maladie mentale, cent gènes compensent cette tendance… Pourtant, en Angleterre par exemple, vous pouvez être limité dans l’achat d’une maison si vous êtes susceptible d’avoir un cancer ou un diabète important dans 10 ans, et votre assurance vous coûte plus ou moins cher selon votre patrimoine génétique.

Ce qu’on sait faire, par contre, c’est cloner tous les mammifères… mais avec à peu près 98% d’échec, ce qui est donc un crime contre l’humanité, puisqu’on crée plus de monstres que de clones sains. Il n’en reste pas moins qu’on a cloné tous les mammifères et qu’on essaie de cloner et de modifier génétiquement l’humain. On sait déjà intégrer de nouveaux gènes dans les spermatozoïdes, et on sait aussi faire entrer des gènes d’autres espèces dans des ovules.

Vous voulez dire des fécondations inter-espèces ?

Oui.

Dont l’humain ? Ou entre espèces végétales et animales ?

Entre espèces végétales, c’est évident. On sait faire des chromosomes artificiels et des chromosomes en kit (j’en parle dans mon livre Génétiquement incorrect) pour rentrer les caractères nouveaux d’autres espèces dans une quelconque autre. Certains chercheurs australiens ont proposé de le faire sur l’humain pour essayer de soigner des déficiences ou des maladies génétiques, ou pour essayer de sélectionner les gènes de la longévité. On a déjà réussi à faire des mouches ou des souris qui vivent 50% plus longtemps que la normale avec ces gènes. Alors pourquoi ne pas les rentrer dans l’espèce humaine ? C’est un danger mal contrôlable mais la pression devient grande qu’il se réalise.

Une fonction ne peut pas

être réduite à un gène

Pourrait-on imaginer manipuler génétiquement l’homme pour qu’il devienne plus altruiste, plus généreux, moins égoïste ?

Non. Votre question est basée sur ce que la génétique a véhiculé de concepts réducteurs et réductionnistes. Une fonction ne peut pas être réduite à un seul gène, elle est toujours liée à un réseau complexe de gènes dans un environnement, et il n’y a pas que les gènes, il y a la réaction cellulaire, etc. Les caractéristiques dont vous parlez dépendent de centaines de gènes, et de critères non génétiques, qui sont régulés différemment en fonction de la position, de l’environnement, etc. Ce qui relève de la conscience ne peut pas être exprimé en termes de gènes : c’est comme si vous exprimiez le volume d’une cathédrale en termes du sable qui a servi à raser la pierre pour lisser les sculptures. C’est un élément qui a servi dans le système, mais à sa place uniquement. De plus, et malheureusement, on peut plus facilement détruire que construire. Nous ne maîtrisons pas tous les paramètres nécessaires pour construire, ou pour créer la vie. Par contre, détruire est plus facile.

Cerveau planétaire

Un aspect intéressant pour moi. Vous dites que “nous disposons d’outils très performants pour nous en sortir, dont Internet.” Pour que l’information circule, je suppose ?

Oui. Pour former des réseaux de gens qui ne se connaissent pas a priori mais qui, à travers la planète, ont des idées ou des intérêts communs. Avant, il fallait quelquefois des centaines d’années pour y arriver. Maintenant, un clic suffit : pensez par exemple aux manifestations altermondialistes. Internet est un outil à double facette, comme tous les outils, mais il peut nous servir, nous aider à nous rencontrer. C’est un cerveau planétaire par la jonction de nos cerveaux personnels, avec tous les inconvénients, mais aussi tous les avantages que vous pouvez imaginer.

Pour en savoir plus

CRIIGEN

Université de Caen

Esplanade de la Paix

14032 Caen Cedex

www.criigen.org

Parmi les ouvrages de l’auteur

Chez Flammarion :

OGM, le vrai débat

Génétiquement incorrect

Ces OGM qui changent le monde

Après nous le déluge ?, avec JM Pelt

Nous pouvons nous dépolluer ! Ed. Josette Lyon

La suite dans la revue n°34

Publié dans la rubrique ECOLOGIE, SANTE, SCIENCE du numéro 34
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La raison du plus faible

Dans la nature, ce sont les plus petits qui survivent aux extinctions massives… Serait-ce aussi le cas dans les sociétés humaines ?

Jean-Marie Pelt

Président de l’Institut Européen d’Ecologie

Interview Maya Ollier

De nouveaux modèles

J’aimerais vous interroger sur la fin possible de l’espèce humaine, en lien avec quelques notions nouvelles que vous développez dans votre dernier livre, “La raison du plus faible”, comme l’énergie des petits, l’ingéniosité des plus vulnérables… Ceci me semble assez nouveau.

Oui. Bizarrement nouveau… Dans un de ses livres, Gould, un des scientifiques darwiniens les plus en vue, dit en quelques phrases que dans les grandes périodes d’extinction massive, ce sont les petits qui semblent survivre. Il n’a pas réalisé l’importance de cette idée, et je l’ai développée dans “La raison du plus faible”. Le danger, pour l’espèce humaine, c’est son agressivité, vis-à-vis de la nature et au sein de l’espèce, et qui se manifeste par les guerres, les tensions internationales et le caractère très conflictuel de la gestion des affaires publiques. Tout le monde se dispute tout le temps. “La raison du plus faible” est en fait le troisième livre d’une trilogie. Le premier était “La loi de la jungle”, où j’ai essayé de montrer qu’il y avait dans la nature des mécanismes spécifiques qui inhibent ou qui dévient l’agressivité, empêchant ainsi que tout le monde tue tout le monde et qu’il n’y ait plus de nature du tout.

Le danger, pour l’espèce humaine,

c’est son agressivité

Le deuxième volet de cette trilogie s’appelle “La solidarité”. Je montre que dans la nature, ce n’est pas la loi de la jungle comme l’avaient imaginé, non pas Darwin lui-même, mais beaucoup de ses amis, qui ont forcé le trait en disant que la nature, c’est le croc et la griffe ensanglantés. Cette vision se répand au19e siècle : pour Marx, c’est la lutte des classes et pour les libéraux, c’est la concurrence à outrance. Dans les deux cas, la vision de la nature se déporte sur la société et donne la société hyper-compétitive dans laquelle on est aujourd’hui. Mais l’écologie nous a appris beaucoup d’autres choses, et notamment qu’à côté de ce mécanisme évident de compétition, ce “Mangez-vous les uns les autres”, il y a un autre mécanisme de symbioses, de mutualisme, de coopération, un “Aidez-vous les uns les autres” ou, selon l’expression à la mode, une stratégie “gagnant-gagnant” pour les deux espèces qui coopèrent. Ce mécanisme n’avait pas été vu par les darwiniens. Dans la société, il représente l’économie solidaire, les coopératives, les mutuelles, les ONG (qui représentent quand même 13% du PIB français et embauchent 2,5 millions de salariés). Si le capitalisme s’effondre, nous disposons d’autres modèles. Si l’agriculture conventionnelle ne marche plus, on fera du bio…

Le fort ne l’est que momentanément…

L’alliance des petits

Dans le troisième volet, je montre que l’idée du fort et du faible n’est qu’une représentation mentale - nous projetons notre imaginaire sur la réalité - une idée fausse, qui plus est : personne n’est complètement fort ou complètement faible. Le fort ne l’est que momentanément ; de toute façon, il disparaîtra un jour. Quand au faible, tel que la société se le représente, il est le type qui n’a pas de chance, il a perdu sa femme, il a perdu son boulot, il est dépressif… mais curieusement, il vit quand même, pas très bien peut-être, mais il vit… Et quand des faibles se mettent ensemble, ils deviennent forts. C’est ce qui s’est passé avec les OGM en Europe : malgré un lobbying forcené, et bien que la Commission Européenne soit instrumentalisée par les grandes firmes, il n’y a pas d’OGM en Europe. Les consommateurs, qui sont très petits par rapport aux monstres que sont Monsanto ou autres, ont été plus forts. On a la démonstration de l’idée que l’union fait la force, et ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on est faible. Si l’espèce humaine, c’est votre sujet, devait disparaître, la vie ne disparaîtra pas, certaines bactéries supportent des doses de radioactivité 3000 fois supérieures à ce qui nous tue. Petites, mais fortes.

… et ce n’est pas parce qu’on est petit

qu’on est faible

Dans toutes les périodes d’extinctions massives, les petits passent mieux que les grands et quand vous regardez la crise actuelle, c’est le même scénario. Ce sont les très grandes banques et les très grosses compagnies d’assurances qui tombent les premières. Je lisais hier dans le journal que, selon la Chambre des Métiers de la Moselle, la seule activité qui fonctionne toujours très bien, ce sont les petits artisans qui continuent à aller chez les gens réparer l’électricité, les chasses d’eau, etc. Eux ne sentent pas la crise. Vous voyez, c’est le même scénario ! Je crois que la raison du plus faible est une loi très importante et très différente de l’image officielle, où il faut être excellent, performant, compétitif, dominateur, décideur. Ce mot me fait horreur : il laisse penser qu’il y a des types qui décident pour une masse de crétins (= nous) ! Ce terme est incompatible avec la démocratie.

La racine de la paix

Le but de cette trilogie était de montrer qu’il nous faut revenir aux bases de l’humanisme, considérer la personne humaine comme première par rapport aux intérêts économiques, considérer aussi qu’un ouvrier vaut tout l’or du monde. Malheureusement, les établissements bancaires n’ont toujours pas compris. En Amérique, on vient d’embaucher Tartempion, je ne sais plus comment il s’appelle et peu importe, pour animer une émission jusqu’en 2012 : il a signé un contrat de 450 millions de dollars. En pleine période de crise. Ne pas comprendre est dangereux, nous sommes dans une zone de fracture et nous risquons l’explosion. Mais comment changer l’homme pour le rendre compassionnel ? Jésus est pour moi au centre de l’histoire de l’humanité et de la vie, quand il dit de tendre la joue gauche et de se taire. Et il se tait devant Pilate. Voilà le cœur du christianisme, qu’on n’a pas compris encore, y compris chez beaucoup de chrétiens. L’agressivité s’évapore lorsqu’on n’entre pas dedans. Quand on prend un coup et qu’on se tait, la machine à donner les coups, en face, s’arrête toute seule. C’est la racine de la paix. Le projet d’amour que propose le Christ doit aboutir, pas seulement pour les chrétiens, mais pour l’humanité tout entière, pour que les conflits s’apaisent et se dissolvent petit à petit. Je pense qu’il ne peut pas y avoir de salut de l’humanité sans une spiritualité forte, un humanisme renaissant et un altruisme promu. On n’est pas seulement dans une crise économique ou écologique, et nous avons besoin de moyens d’ordre spirituel pour dégonfler ces crises. Ce que je dis là est loin de notre société, mais ce n’est pas parce que c’est loin que c’est faux, et ce n’est pas parce qu’une pensée est majoritaire qu’elle est bonne. Il faut se souvenir qu’Hitler a été appuyé par la démocratie… Comme l’auraient dit Socrate et Jésus, la vérité est incompatible avec les arrangements politiques, institutionnels, organisateurs… On les a tué tous les deux, mais ce qui a été dit par l’un et l’autre reste le chemin à parcourir. Est-ce que je suis inquiet ? Oui, bien sûr, tout le monde est inquiet quand on s’aperçoit combien l’homme est rivé à sa cupidité, à son avidité. Ce qui me donnerait de l’espoir, c’est que de plus en plus de gens pensent comme on est en train de penser ensemble. Si on s’était rencontré il y a cinq ans, on aurait été très minoritaires, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’opinion publique a beaucoup changé.

La prise de conscience se fait plutôt bien

en ce moment

Participer à la prise de conscience

On ne peut pas laisser aux générations futures un monde en trop mauvais état. 80% des parents pensent que leurs enfants auront une vie bien moins bonne que n’a été leur propre vie. 74% des jeunes entre 16 et 25 ans pensent qu’ils n’ont aucun avenir, c’est terrible ! Ces deux chiffres signent l’échec d’une civilisation. Voilà le résultat du “Moi, je” libéral pur et dur, dévoyé par des escrocs. Le moment est venu de ramer fortement en sens contraire et nous ici, à l’Institut Européen d’Ecologie, nous nous y employons, c’est notre vocation.

C’est un peu la nôtre aussi. Il faut parler, faire circuler l’information ?

Oui, il faut être présent, et ce phénomène n’est pas quantitatif, il fonctionne autrement. Si votre revue n’est pas à l’affiche du journal de 20 heures, ce n’est pas grave. Au journal de 20 heures, il ne se dit rien, on ne fait pas avancer le bon sens d’un millimètre. La prise de conscience avance par le fait que les idées se propagent par le bouche à oreille, par des lanceurs d’idées et des lanceurs d’alerte. Je trouve que le travail de prise de conscience se fait plutôt bien en ce moment, et c’est une source d’espoir très importante.

Science et foi

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur “Nature et Spiritualité”, l’un de vos derniers livres ?

C’est une réflexion sur comment les grandes spiritualités voient leur rapport à la nature. Trois idées s’en dégagent fortement. Tout d’abord, l’idée que le sort de l’homme et le sort de la nature sont étroitement liés et que, quand l’homme détruit la nature, il se détruit avec. On trouve beaucoup cette idée dans la Bible et le Coran. La deuxième idée est la sobriété, le modèle étant les Indiens, mais aussi Jésus, qui est très sobre : il parle du pain de ce jour, et pas de greniers remplis, pas de caisses d’épargne ni de bons placements, simplement le pain qu’on reçoit au jour le jour. La troisième idée est qu’il ne faut pas que l’homme se prenne pour un dieu. C’est l’ubris des Grecs, avec Prométhée. Quand l’homme se prend pour un dieu, il fabrique un nouvel homme avec le sperme d’un prix Nobel et les ovocytes d’une fille de milliardaire. Ce traficotage est une transgression des grandes lois universelles décrites dans les traditions spirituelles. Ce livre est intéressant, mais très difficile à promouvoir parce qu’en France, le mot spiritualité est un gros mot. Après sa parution, on a même dit de moi que j’étais dans une secte.

En France, le mot spiritualité

est un gros mot

Jésus dit : “Tais-toi, et accepte le coup”, mais il n’a pas très bien fini, pour les gens qui ne croient pas à un autre monde. Quel prochain pas proposer à ceux qui liront cet entretien ?

C’est justement ce qui a été constructif de l’autre monde et, avec sa crucifixion, c’est tout le vieux monde qui a été crucifié et a disparu. L’idée de résurrection, c’est l’idée d’accès au nouveau monde, mais on entre là dans une autre notion capitale : la foi. La foi est très ébranlée dans le monde moderne, parce que la science semble s’opposer à la foi, parce que le darwinisme est dogmatiquement et ontologiquement athée, parce qu’on a laissé entendre que si on est évolutionniste, on est forcément athée. C’est totalement faux : je suis évolutionniste et je ne suis pas athée du tout. Mais c’est la position scientiste et c’est la position enseignée à tous nos jeunes. Il faudrait que les jeunes puissent aussi avoir accès aux Ecritures, qui ne sont ni des livres scientifiques, ni des livres historiques, mais des livres porteurs de sens, ce que la science n’est pas du tout. La jeunesse est très éloignée de la foi, et c’est très dommage. Comme nous n’avons plus les attributs qui permettent la foi et qui l’enracinent, nous sommes dans un vague à l’âme généralisé.

Il existe malgré tout des scientifiques ouverts. Nous en avons rencontré…

Il y en a, mais ils sont minoritaires. Chez les biologistes surtout, il est un dogme néo-darwinien, qui est pour la biologie aussi inébranlable que le “Credo” pour les chrétiens. C’est l’idée que tout est dit, que ce n’est plus la peine de chercher, qu’on sait tout. On sait ce qui est vrai, que les mutations sont sélectionnées par le milieu et que ceci fait l’évolution. Point à la ligne, c’est fini. A cause de ce dogme, plus rien n’avance, et c’est ce qui se passe en biologie en ce moment.

Pour en savoir plus

Institut Européen d’Ecologie

1 rue des Récollets

BP 74005

57040 Metz Cedex

Tél : 03.87.75.41.14

Parmi les ouvrages de l’auteur

Aux Ed° Fayard

La loi de la jungle

La solidarité

La raison du plus faible

Nature et spiritualité

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Les microbes

Nos ancêtres seront-ils nos successeurs ?

Dr Clara Naudi

Cet article sur les microbes a été écrit afin de transmettre quelques éléments pouvant déboucher sur plus d’ouverture d’esprit à leur égard. Ma reconnaissance va à tous ceux dont j’ai appris, ceux qui ont étudié les microbes, ceux qui les ont aimés, ceux qui ont commencé à comprendre et à faire comprendre que l’être humain ne peut se suffire à lui-même, et qu’il dépend des autres, des animaux, des plantes, des roches, de l’eau… et des microbes, pour continuer à vivre. L’être humain est habitué à se voir comme le fleuron de l’évolution des espèces, à utiliser la terre qui le nourrit comme sa propriété privée, à se battre contre les microbes qu’il considère comme ses ennemis personnels. Cette incursion dans le monde des micro-organismes va nous mettre face à une des formes de vie les plus anciennes, qui manifeste depuis si longtemps son intelligence et sa volonté de survivre. Comme nous. Avec simplement quelques milliards d’années d’avance.

Pour la majorité de nos contemporains, les microbes sont associés à la maladie, aux infections, aux épidémies, aux antibiotiques… Ils sont considérés comme des ennemis à éradiquer. Des ennemis dont on découvre de plus en plus la résistance et la pugnacité. Si l’espèce humaine vient à s’éteindre un jour, si les êtres humains sont anéantis jusqu’au dernier, emportés par les forces de la Nature qu’ils ont si peu respectées, si la Terre devient inhabitable pour la majorité des espèces vivantes, peut-être ne pourront survivre que des formes de vie primitives. Alors, peut-être, seuls les microbes, indifférents à l’éphémère passage de l’être humain sur Terre, continueront à vivre leur vie. Il y a si longtemps qu’ils sont là… Il semble que les bactéries soient présentes sur la planète depuis environ quatre milliards d’années. Pour nous aider à réaliser combien elles sont anciennes par rapport à l’être humain, on peut représenter une tranche de dix millions d’années par une journée de 24 heures. Les bactéries apparaissent le 1er janvier ; les êtres humains le 31 décembre à 22 heures…

Peut-être, seuls les microbes

continueront à vivre

Qui sont les microbes ?

Microbe vient de microbios = “petite vie”. Les microbes, ce sont les bactéries, les virus, les parasites et les champignons microscopiques, petites vies invisibles jusqu’à l’apparition des premiers microscopes au début du 17e siècle. Ce sont les organismes vivants les plus petits que nous connaissions.

Les bactéries

Elles sont formées d’une seule cellule et contiennent une information génétique, sous la forme d’un brin d’ADN circulaire, des brins d’ARN, qui sont un moyen de transport pour cette information, des ribosomes pour fabriquer les protéines indispensables à sa survie, une membrane protectrice et éventuellement des cils qui lui permettent de se déplacer vers des lieux où la nourriture est plus abondante. Cette cellule ne possède pas de noyau : le noyau cellulaire correspond à une sophistication qui n’apparaîtra que deux milliards d’années plus tard. La bactérie a une structure rudimentaire, qui lui permet d’assurer ses fonctions vitales : se nourrir, éliminer ses déchets et se reproduire. La majorité des bactéries ne produisent pas de maladies. Bien au contraire, elles participent à notre équilibre immunitaire, par leur présence permanente dans nos intestins et notre environnement quotidien.

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Des maladies créées par l’homme

Pollution chimique : c’est l’espèce humaine elle-même qui se met en danger

Professeur Dominique Belpomme

Interview Maya Ollier

Les cancers se multiplient

Qu’est-ce que l’ARTAC, que vous avez fondée en 1984 ?

L’ARTAC, Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse, effectivement fondée en 1984, avait pour but initial la mise au point de nouveaux traitements anti-cancéreux en partenariat avec l’industrie pharmaceutique. A partir des années 2000 cependant, nous nous somme orientés vers la prévention pour trois raisons. D’abord, les traitements mis au point n’étaient pas suffisamment actifs pour éradiquer le fléau : seul un malade sur deux guérissait de son cancer. Ensuite, nous avions constaté la très forte augmentation d’incidence des cancers : en vingt ans, à taux standardisé, ce qui gomme l’effet de l’âge, les cancers du sein avaient doublé et les cancers de la prostate triplé. Enfin, les données américaines montraient qu’il y avait, chaque année depuis vingt à trente ans, un pour cent de cancers en plus chez l’enfant. Ces trois constats nous ont fait rechercher les causes des cancers. Nous nous sommes alors aperçus que si un cancer sur quatre est bien lié au tabagisme, la question se pose pour les trois cancers sur quatre qui n’y sont pas liés. La thèse classique admet que les cancers ne relevant pas du tabagisme pourraient être liés à des facteurs concernant notre mode de vie, tels que l’alcoolisme, les déséquilibres alimentaires, le surpoids, le stress, etc. En réalité, aucun de ces facteurs n’est mutagène. Or, il ne peut y avoir de cancer sans mutation. Nous avons donc posé l’hypothèse de facteurs environnementaux. Voilà la raison pour laquelle l’ARTAC s’est fortement orientée vers la prévention environnementale.

Santé et environnement

Justement, vous êtes surtout connu du grand public pour vos prises de positions fortes sur le lien étroit entre santé et respect de l’environnement.

En 2004, lorsque j’ai compris que le rôle de l’environnement était beaucoup plus important qu’on ne le disait, j’ai commencé à alerter les pouvoirs publics sur les risques environnementaux de nature physique, chimique ou biologique. J’animais à l’époque la commission de santé publique qui a été à l’origine du “plan cancer”, et c’est cette commission qui a demandé la création d’un institut national du cancer. J’ai alors travaillé en lien avec le Ministère de la Santé pour que les facteurs environnementaux soient reconnus comme une cause possible des cancers.

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Evolution : génétique et philosophie

Comment minimiser l’ampleur des catastrophes à venir…

Professeur Pierre-Henri Gouyon

biologiste

interview Maya Ollier

Recherche d’équilibre

Dans l’optique d’une disparition de l’espèce humaine, beaucoup de scénarios ont été avancés. Quel serait le plus plausible selon vous ?

J’ai trouvé l’idée la plus intéressante chez Hubert Reeves. Il dit que tous les systèmes recherchent un état d’équilibre, une des plus jolies définitions de l’équilibre que je connaisse étant “quand les forces à court terme ont cessé d’agir et que les forces à long terme n’ont pas encore commencé”. Si un élément déséquilibre le système en permanence, le seul recours est de se débarrasser de l’élément qui fabrique le déséquilibre (en l’occurrence l’espèce humaine), et tous les moyens seront bons : épidémie, catastrophe, guerre… Le système bouge jusqu’au moment où ce qui le dérange disparaît, donc si des conditions existent pour faire disparaître l’espèce humaine, le système les trouvera un jour ou l’autre, il continuera même à bouger jusque là, ce qui peut prendre encore beaucoup de temps et signifie que nous risquons d’être secoués encore longtemps.

Tous les systèmes recherchent

un état d’équilibre

Des gènes et des hommes

Vous avez écrit un livre intitulé “Les avatars du gène”. Si j’ai bien compris, les gènes utilisent l’homme pour leur propre évolution ?

Les gènes ont progressivement constitué tous les êtres vivants, dont l’homme parmi beaucoup d’autres. Si les combinaisons génétiques fabriquent un organisme qui les reproduit bien, on les retrouve dans les générations futures. Dans le cas contraire, elles disparaissent. Le processus évolutif ne conserve pas les individus, qui sont des structures transitoires, mais l’information génétique. De ce point de vue, les êtres vivants, dont les humains, sont des artifices inventés par les gènes pour se reproduire. D’une certaine façon, la génétique évolutive répond à la fameuse question : “Pourquoi suis-je là ?”, dans le sens de “Quel est le processus qui m’a amené ici ?”. Dans le sens : “Quel est mon but dans la vie ?”, la biologie n’a évidemment rien à répondre.

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Le clonage humain

Un état des lieux des techniques, des dérives possibles et de la législation en vigueur

Dr. Martine Lefèvre

La Nature a prévu que les humains, en tant qu’espèce biologique, se reproduisent par l’union sexuelle qui permet la rencontre de leurs gamètes, l’ovule et le spermatozoïde. Les gamètes possèdent chacun 23 chromosomes et lors de la fécondation, leur fusion rétablit le patrimoine génétique caractéristique de l’humain, qui est de 46 chromosomes. C’est une reproduction sexuée.

Le clonage est une reproduction asexuée : l’ovule est énucléé et on lui transfère en laboratoire un nouveau noyau prélevé dans une cellule adulte d’un donneur. Ce noyau possède tout le patrimoine génétique du donneur. La division de cet ovule est ensuite provoquée et il commence son développement.

L’histoire du clonage

Le mot “clonage” nous vient de l’Antiquité, d’un terme grec signifiant “brindille”. Il fut d’abord employé en horticulture pour désigner des greffes de plantes. Chez les invertébrés, on savait qu’un ver de terre coupé en deux pouvait se régénérer totalement.

En 1930, l’embryologiste allemand Hans Spemann fait des expériences sur des salamandres, puis, en 1952, les biologistes Robert Briggs et Thomas King, à Philadelphie, expérimentent le transfert de noyau de cellule somatique chez les amphibiens. En 1970, le biologiste britannique John Gurdon réussit à cloner un têtard à partir d’une cellule somatique.

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Quels risques pour l’humanité ?

Surpopulation, épidémies, maladies chroniques, stress oxydant…

Professeur Luc Montagnier

Prix Nobel de Médecine

Interview Maya Ollier

Ces pages complètent la première partie (publiée dans Science de la Conscience n° 32) de notre entretien récent avec le Professeur Montagnier, Prix Nobel de Médecine 2008.

Maladies chroniques

Le vieillissement des populations augmente le risque de maladies chroniques, de cancers, de maladies neuro-dégénératives…, mais des personnes jeunes sont également touchées et meurent de cancers à 40 ou 50 ans, ce qui est tout à fait anormal, et dépend probablement de facteurs environnementaux qu’on ne prend pas suffisamment en compte. Nous ignorons les origines réelles de ces maladies chroniques - c’est le domaine dans lequel je travaille actuellement - mais nous pensons qu’une maladie articulaire comme la polyarthrite rhumatoïde, les maladies d’Alzheimer, de Parkinson, la sclérose en plaques, ont pour origine, parmi d’autres, des facteurs infectieux, qu’il faut trouver et éliminer. Un phénomène biochimique, le stress oxydant, ou oxydatif, est un symptôme aggravant : il attaque nos protéines, nos lipides, nos sucres et surtout notre ADN, ce qui crée des mutations pouvant donner des cancers. Si on réduit le stress oxydant, et on peut le faire, la prédiction est que l’on diminuera l’incidence des cancers. Tel est en tout cas mon postulat.

En outre, le stress oxydant déprime le système immunitaire. C’est donc un cercle vicieux : le système immunitaire étant déprimé, il y a davantage d’infections, donc davantage de stress oxydant, et ainsi de suite. C’est un vrai problème, que la médecine occidentale ne prend pas en compte. Les médecines traditionnelles ont empiriquement trouvé des produits bénéfiques, souvent à partir d’extraits de plantes d’origine africaine ou asiatique, mais il y a un hiatus entre la production artisanale de ces produits et l’industrie pharmaceutique occidentale, qui recherche exclusivement des produits brevetables…

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La nature nous sauvera

Encore faut-il savoir l’écouter…

 

François Couplan

ethnobotaniste

interview Maya Ollier

 

J’ai lu avec attention votre dernier livre, “La nature nous sauvera”. J’ai relevé quelques phrases au fil de ma lecture, en vous proposant d’y réagir spontanément, ce que vous avez accepté et je vous en remercie. La première : “Si l’humanité vient à disparaître, bactéries, insectes, champignons et autres organismes premiers, quant à eux, persisteront.”

C’est probable. Plus un organisme est complexe, et l’être humain est éminemment complexe, plus il est fragile. Nos capacités d’adaptation sont grandes, mais limitées, et si de gros changements interviennent, par exemple dans la composition de l’atmosphère, nous disparaîtrons. Les bactéries sont d’une adaptabilité à peu près totale, certaines vivent dans des conditions dans lesquelles la vie est à peine imaginable. Quant aux insectes, la plupart ont une résistance absolument phénoménale à toutes sortes de modifications de l’environnement.

 

 “L’idée n’est pas de faire du catastrophisme, même si je sais à quel point il est important d’être prêt”

Tout change, notre civilisation n’a pas toujours existé et n’existera pas toujours, il y aura des modifications qu’on ne prévoit pas, aussi bien dans notre vie personnelle, relationnelle, émotionnelle, professionnelle que dans la vie de l’humanité. D’où la nécessité de prévoir le changement. Il est tout à fait possible qu’on n’ait plus, par exemple, la possibilité d’utiliser l’énergie fossile comme on le fait actuellement et donc qu’il devienne impossible de cultiver industriellement ou de conduire une voiture. Il serait bon de prévoir à l’avance comment faire dans ce cas-là. Soyons prêts !

 

“La révolution commence à l’intérieur et pas chez les autres” ?

Si l’on veut que le monde change, nous devons le faire changer, donc nous devons changer. Mais je n’ai pas la recette, nous devons la découvrir, et de toute façon, ce qui importe, c’est le processus, pas la finalité.

J’ai été étonnée de la dimension “spirituelle” de vos propos, même si ce n’est peut-être pas le terme approprié, mais vous semblez avoir une démarche intérieure…

Nous avons tous une démarche intérieure, et la spiritualité est partout. Il n’y a pas de différence entre le matériel et le spirituel, ce ne sont que des niveaux différents de la même énergie. Mais nous sommes dans une civilisation qui, depuis le néolithique, a décidé de mettre l’accent sur le matériel, en occultant presque totalement la dimension spirituelle, qui a strictement été dévolue à la religion. Il y a des professionnels de la religion et l’on est censé penser au spirituel le dimanche quand on va à la messe et c’est tout. C’est une façon complètement dichotomique de vivre sa vie.

Donc ma démarche est spirituelle, bien sûr ; votre démarche, en me posant des questions, est spirituelle aussi ; la démarche du scientifique extrêmement cartésien est spirituelle également, lui aussi cherche…

 

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Comprendre la biodiversité

Pour créer ensemble une humanité réellement humaine

 

Prof. Robert Barbault

Ecologue, expert en biodiversité

Interview Maya Ollier

 

 

Qu’évoque pour vous cette fin de l’espèce humaine dans un avenir que d’aucuns disent proche ?

Toute espèce est appelée à disparaître. Cependant, l’espèce humaine peut maîtriser son destin, il s’agit donc plutôt de savoir si elle est potentiellement capable de survivre en tant que porteuse d’humanité. Pour moi, l’espèce humaine aura cessé d’exister quand elle aura détruit sa dimension humaine par ses mauvais comportements. Donc la vraie question est : est-ce que la dimension humaniste de l’espèce humaine va survivre à une organisation technologique, industrielle, de mondialisation, du marché libre ? C’est ce qui transpire des problèmes du monde d’aujourd’hui, et c’est là que se joue l’avenir de l’humanité : en termes spirituels, humains, de valeurs de civilisation. On peut imaginer que des humains continuent à vivre longtemps comme des poulets… mais l’enjeu n’est pas l’extinction ou non, c’est : sommes-nous capables d’engendrer une nouvelle civilisation planétaire, écologique, humaniste ? Je ne suis pas totalement pessimiste, mais combien faudra-t-il de catastrophes pour que la leçon passe ? Nous avons encore du temps devant nous, n’est-ce pas, puisque l’espérance de vie des espèces se compte en millions d’années…

Que faudrait-il pour faire émerger cette humanité “humaniste” ?

La crise actuelle est le symptôme à partir duquel il peut y avoir reprise de conscience du fait que nous sommes issus du vivant, de la biodiversité, de la nature. C’est après une réconciliation avec la nature et avec nos racines que nous pourrons restaurer notre singularité, qui est d’être capable d’humanité. Ce n’est pas en nous opposant à la nature, mais en nous la réappropriant, en retrouvant notre res­ponsabilité vis-à-vis du reste du vivant, que nous pourrons restaurer notre vocation humaine, humaniste et humanitaire.

 

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Hérédité ou mémoire ?

Ce que n’explique pas la génétique, le célèbre biochimiste britannique Rupert Sheldrake l’explique par la résonance morphique

Rupert Sheldrake

biochimiste

Interview Maya Ollier

 

Mémoire collective

Vous êtes un scientifique de renom, biologiste de surcroît, et cependant, vous mettez à mal la génétique avec vos recherches sur la résonance morphique et la mémoire collective… Cette dernière s’apparente-t-elle à la notion jungienne d’inconscient collectif ?

L’inconscient collectif est en effet une mémoire collective, mais strictement appliquée à l’humain. Or selon moi, la mémoire collective s’applique à tous les règnes de la nature et pas seulement aux espèces vivantes comme les humains, les animaux et les végétaux, mais aussi au monde minéral, les cristaux par exemple. Pour moi, la nature toute entière a une mémoire collective.

Limites de la génétique

Mais alors, comment cette mémoire se transmet-elle, dans les végétaux par exemple ? A travers le code génétique ?

Non, pas par les gènes. La résonance morphique n’est pas génétique. Elle est un transfert direct d’informations, sur la base d’une similarité entre l’émetteur et le récepteur. Elle transmet non seulement la forme et la structure des organismes vivants, mais aussi leurs comportements. Les gènes ne transmettent que des informations génétiques, et celles-ci ne concernent que les séquences d’acides aminés et de protéines. Rien de plus.

 

Certains scientifiques aujourd’hui disent pourtant que l’esprit lui-même est transmis génétiquement !

C’est absurde. Le rôle des gènes est grandement surestimé, alors que nous savons exactement ce que font les gènes : ils codent pour les protéines. En d’autres termes, ils nous permettent de fabriquer des protéines au niveau organique. Sans cette capacité-là, nous n’existerions pas, ou alors nous deviendrions des mutants en fabriquant des gènes défectueux, qui à leur tour fabriqueraient des protéines défectueuses, ce qui veut dire que nos corps physiques seraient eux aussi défectueux. Accorder aux gènes une autre fonction relève du fantasme. L’idée que tout ce dont vous héritez est codé dans votre A.D.N. (la forme de votre nez, les schémas de comportement répétitifs dans votre système familial, l’instinct d’une hirondelle qui sait qu’elle doit migrer de la France vers l’Afrique en automne même si elle n’a pas été élevée par ses parents ou par d’autres hirondelles…), cette idée est une illusion : c’est impossible ! L’A.D.N. code pour les protéines, et rien d’autre. Comment un gène peut-il passer de la capacité de fabriquer la bonne protéine à la capacité de migrer instinctivement vers le bon pays d’Afrique !?

 

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Publié dans la rubrique PSYCHOLOGIE, SCIENCE, SOCIETE du numéro 33
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