Produire du sens

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De la nécessité d’acquérir une vision globale

 

Maurice Meyer

agriculteur en biodynamie

 

 

Respect de la terre

Souvent, les visiteurs de passage à la ferme me demandent le pourquoi de mon engagement pour l’agriculture biologique et biodynamique. Je leur réponds : “Pour produire du sens”. Devenir paysan pour empoisonner la terre, l’air, l’eau et les aliments dont nous avons besoin n’a pas de sens pour moi.

Adolescent dans les années 70, je refusais déjà instinctivement de faire les travaux d’épandage d’engrais chimiques et de pesticides de synthèse sur l’exploitation familiale, au grand dam de mes parents.

Trente ans plus tard, l’agriculture industrielle dans nos pays occidentaux est encore plus enferrée dans les excès sur tous les plans : utilisation massive d’intrants de synthèse, spécialisation et mécanisation à outrance, élevage industriel dégradant la condition animale, saccage des paysages, perte de fertilité et érosion forte des sols, et avec peu de prise en compte de sa dimension sociétale (lien avec son terroir et les besoins des habitants).

Les discours récents font miroiter comme solutions techniques le recours en masse aux organismes génétiquement modifiés pour la production végétale, et au clonage à échelle industrielle pour les productions animales, pour venir en aide aux populations affamées dans de nombreux pays en voie de développement et pour produire des aliments à bas coût en période de crise économique généralisée.

 

Vérités sur la filière coton

Étant devenu un “spécialiste” en matière d’agriculture, l’idée me vint un jour que cette tendance destructrice pourrait aussi être à l’œuvre dans d’autres domaines d’activités humaines. Après quelques prises d’informations et des rencontres pertinentes, je pus constater que rien - industrie, transports, recherche, éducation, santé… - n’échappe au rouleau compresseur de la pensée unique.

Quelque temps plus tard, j’eus l’occasion de collaborer avec l’industrie textile et de me faire une idée personnelle et concrète de la situation. J’étais chargé d’un audit d’une filière de production de coton qui me conduisit des champs de production en Afrique et en Asie jusqu’aux locaux des importateurs européens, en passant par toutes les étapes de transformation, des usines immenses et ultramodernes aux ateliers exigus des sous-traitants divers. Dans l’habillement, on note une proportion de plus en plus grande d’articles fabriqués à base de fibres de synthèse issues de l’industrie du pétrole, et une marginalisation de l’utilisation de fibres d’origine agricole comme le lin, le chanvre ou encore la laine, le mohair et l’alpaga. Seul le coton a tiré son épingle du jeu et, du coup, gagne notre sympathie. Mais lorsqu’on y regarde de plus près, on se rend compte que le qualificatif de “naturel”, en opposition aux fibres de synthèse, est à relativiser. Le coton est devenu une des grandes productions mondialisées, comme le café ou le sucre, en occupant près de 2,5% des terres cultivables dans le monde. Le cotonnier, arbuste rustique à l’origine, a été hyper sélectionné pour devenir une plante annuelle qui produit ses fibres en trois mois. Introduit sous toutes les latitudes, il est devenu la cible de nombreux prédateurs et on utilise actuellement pour sa production près de 25% des insecticides consommés dans le monde ! On lui réserve les meilleures terres, il est souvent cultivé en monoculture, le recours à l’irrigation intensive a fortement contribué à des catastrophes écologiques telles que l’assèchement de la mer d’Aral.

 

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Publié dans la rubrique ECOLOGIE, ENTREPRISE, SOCIETE du numéro 33
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