Pour une écologie globale
Daniella Conti
bio-psycho-généalogiste,
animatrice de constellations familiales
Cesser de catégoriser la vie
Si l’Ecologie a marqué un élargissement de la conscience de notre relation au monde, elle subit les logiques d’une économie basée sur les contraintes d’une croissance quantitative.
Cela est clair. Ce qui l’est moins, c’est le poids d’un certain conformisme, d’une soumission générale à des dogmes qui ne sont jamais nommés. Par exemple, il est admis de déplorer la disparition d’espèces animales en Afrique ou en Indonésie, la déforestation en Amazonie ou le dérèglement climatique, mais on parle peu de certains scandales sous nos yeux. Quel journaliste ose dénoncer la pratique de l’élevage industriel dans nos pays “évolués”, du transport des animaux vivants, de la réalité des abattoirs, de l’expérimentation animale, justifiée seulement par l’avidité de nouveaux profits pharmaceutiques dans la jungle d’une recherche qui se dit scientifique et qui entretient l’illusion de son efficacité ? Comme, il y a trente ans, on excluait l’écologie du politique, le bien-être animal est relégué au rayon de la sensiblerie à la Brigitte Bardot. Et pourtant, cette catégorisation de la Vie est la même qui autorisait l’esclavage des Noirs ou les camps de concentration. Sommes-nous prêts à renoncer à notre vision anthropocentriste du monde ? L’homme a bien un rôle particulier à y jouer, mais à sa juste place, et responsable.
Ecologie médicale
Ce qui fige la situation actuelle est aussi une “auto-censure” de l’information, qui reste trop dépendante d’un consensus contrôlé par les grandes lignes idéologiques de notre société.
Qui peut dénoncer l’utilité des vaccins ou de cette recherche engluée dans la vision pasteurienne de la maladie comme une agression extérieure ? Même la presse alternative n’imagine pas une “écologie médicale” : le besoin d’une médecine qui s’intéresse à la santé et réalise le massacre de malades soumis à des traitements dangereux et à une peur des maladies qui est pathogène. Je m’inspire de cette culture souterraine qui, depuis une vingtaine d’années, a pu s’élaborer autour des découvertes fondamentales du Dr Hamer, destitué, condamné, exilé. Lorsqu’on a eu la chance de vérifier ces pistes nouvelles et constaté les résistances officielles qu’elles provoquent, le pas à faire pour élargir notre vision du monde et de la vie est évident.
Loin des revendications essentiellement sociales des revues écolos, qui souhaitent la trithérapie pour tous et plus de médicaments remboursés… Même les anarchistes aujourd’hui sont vaccinés !
Alors ?
Je ne crois pas non plus que dénoncer tout cela va suffire.
Tant que ce qui détermine ces comportements et ces pratiques n’est pas vu et conscientisé, la dénonciation reste dérisoire.
On légifère depuis des années sur les millimètres possibles des cages des poules pondeuses ou sur l’interdiction de quelques insecticides lorsqu’il n’y aura plus d’abeilles. À part José Bové, l’écologie est rentrée dans les rangs du raisonnable, et aucun sursaut ne réveille le monde.
Pourtant, il y a une génération d’écolos : j’en ai vu ! Ils roulent à vélo, ferment bien le robinet lorsqu’ils se lavent les dents, trient leurs déchets, consomment bio et équitable. La pub en parle. Ils se ressemblent : dans la queue au marché bio, ils guettent la botte de radis comme au marché noir. Je me souviens de l’époque où j’étais végétarienne et donnais des leçons à tous les bouffeurs de cadavres. Quelque chose n’est pas apaisé. Il y a, dans cette volonté d’“être écolo”, le poids des peurs exorcisées à travers un comportement. Dormir au bon endroit, loin des “mauvaises” influences géo-telluriques. Ils ne loupent pas le papier jeté par terre, ni la crotte de chien non ramassée. C’est une mission contre le mal, et se sentir du côté des justes a souvent alimenté les guerres plutôt qu’autre chose.
Vont-ils pouvoir sauver le monde ?
Il me semble que les vrais changements doivent se réaliser dans une prise de conscience plus globale et plus profonde. Comment imaginer et incarner un monde respectueux de la Vie ? À l’heure où les bombes israéliennes tombent sur Gaza.
Le conformisme de l’appartenance
Voltaire avait déjà repéré ce qui limite notre monde : l’intérêt, la rentabilité sont des moteurs évidents de l’exploitation destructrice. Mais il y a aussi ce “conformisme” plus occulte, qui conditionne nos comportements, qui nous donne des repères à ne pas franchir, le politiquement correct, le besoin de rester dans l’approbation de ce qui est établi. Une auto-limitation, qui dénonce dans tout ce qui est vraiment nouveau, du charlatanisme. Surtout en France. Dès qu’une idée nouvelle pointe son nez : “Un terroriste, une secte !… Pan ! Pan !”
Voltaire disait qu’on aime mieux croire un mensonge entendu 1000 fois qu’une vérité tout à fait nouvelle. Je trouve important de voir le même scénario dans l’histoire de Galilée avec le Vatican, lorsque c’était le Soleil qui tournait autour de la Terre, et ce qui se passe actuellement lorsque quelqu’un découvre des vérités tout à fait nouvelles : le Dr Hamer, Beljanski, Jacques Benveniste…
Ce qui porte malgré tout ma confiance et me permet de vivre sereinement vient de la sagesse proposée par Bert Hellinger, le créateur des “constellations familiales”.
Ce qui est nouveau, c’est sa compréhension des dynamiques familiales à l’origine de ce qui va déterminer nos comportements : soucieux de répondre aux attentes conscientes et inconscientes du système, pour ne pas risquer de perdre l’appartenance, nous expérimentons la sensation d’une “bonne” conscience lorsque nous obéissons à ce consensus, et de “mauvaise” conscience lorsque nous prenons le risque de ne pas répondre à ses attentes.
Ceci est en réalité à l’origine d’une grande violence, qui se montre dans l’exemple des kamikazes. Des jeunes prêts à sacrifier leur vie, au nom de leur famille, de leur peuple et de leur culture. Une quête d’héroïsme et de “sainteté” qui, pourtant, aboutit à des massacres.
Et cela est vrai pour tout système : familial, groupe, école de pensée…, c’est-à-dire tout système qui constitue, selon la physique quantique, à un niveau plus subtil, comme la mémoire des formes d’une graine, un champ morphogénique.
Bonne et mauvaise conscience : la guerre continue
Quel rapport avec l’écologie ? En nous rangeant du côté des bons, des non-pollueurs, nous alimentons les mêmes mécanismes de bonne conscience : sommes-nous prêts à voir le piège qui nous enferme à nouveau dans un monde judéo-chrétien où les bons seront les élus et où la guerre envers les autres va continuer ? Où nous restons prisonniers du consensus.
Comme dans un système familial, un groupe, une nation, une école de pensée obéissent aux mêmes mécanismes, qui ne tolèrent pas l’innovation déstabilisatrice : comme à l’époque de Galilée, le monde médical a repris, au nom de la Science, la flamme de l’excommunication. Dans nos démocraties, on parle de charlatanisme ; ailleurs, on enferme ou on tue. Tout jugement est la première étape de l’exclusion de l’appartenance ; en réalité, c’est déjà un meurtre.
Qui aura enfin l’innocence de l’enfant qui crie tout fort : “Le Roi est nu” ?
Stop à une médecine de la peur et de la dépendance. Intéressons-nous aux processus des pathologies et reprenons nos responsabilités pour des vies saines. Cessons de nous réjouir du succès des téléthons : chaque année, c’est plus, mais cette croissance est proportionnelle à nos peurs.
Un gros travail nous attend de compréhension de nos mécanismes de comportement, reliés probablement à ceux qui nous ont précédés, pour trouver la légèreté de laisser ces processus libérateurs s’accomplir à travers nos vies. Ce qui est garant de responsabilité et de bonne santé. Ce sera plus facile lorsqu’un nouveau champ de pensée sera assez puissant pour permettre le saut du quantifiable et répétitif à une vérité plus unifiante et responsable.
Ecologie intérieure
Le temps est venu pour une prise de conscience plus “globale” de nos “identifications”* et de nos modes de fonctionnement, qui répètent la même fermeture au nom d’une supériorité implicite. Tant que nous continuons à rester identifiés aux repères de nos “bonnes” consciences, le vieux monde a de l’avenir.
La crise actuelle est grave, et le pas à faire est à sa mesure. Et surtout, il nous reste à comprendre ce qui doit changer et comment. Ceux qui sont conscients de cette crise ont aussi la responsabilité de s’ouvrir à une globalité qui n’exclut pas mais réunifie. Comment ?
Bert Hellinger dit qu’il n’y a qu’une seule façon d’être en paix et de ne pas poursuivre la guerre : accueillir le monde TEL QU’IL EST. Ceci ne veut pas dire dans la résignation de l’impuissance, mais dans la force du seul creuset de changement qui nous est accessible : nous-même. Lorsque je désire un monde autre, lorsque j’accuse les méchants d’être responsables de mon malheur, je suis encore l’enfant qui rêve des parents idéaux qu’il n’a pas eus. Ça veut dire en pleine “intrication”* et répétition d’un passé non apaisé. Surtout, lorsque je n’ai pas réussi à sauver mes parents, je veux sauver le monde.
Une écologie intérieure doit accompagner notre lecture du monde. Ce regard sur ce qui me conditionne et épuise mes ressources, mon potentiel énergétique : apprendre à trouver ma force, mes énergies renouvelables. Apprendre à ne pas ruminer les pensées qui polluent. Etre à ma juste place et aligné avec l’héritage des ancêtres va me permettre d’accepter mes parents tels qu’ils ont été, exactement tels qu’ils ont pu l’être. À ma place d’enfant, impuissant face aux grands, je reçois alors l’héritage de ma lignée et je l’accomplis en l’accueillant dans tout son sens. Avec courage et responsabilité.
La même attitude face aux forces plus grandes qui déterminent les destins va nous permettre d’accueillir l’exploration créatrice de la vie à travers chaque être vivant, tel qu’il est. À l’étape de conscience qu’il traverse. Même alcoolique, violent, prédateur, assassin ou chercheur avide et malhonnête. Le défricheur de forêts vierges est dans la même quête d’amour, à sa manière.
Dans cette compréhension, il n’y a plus de “bons” et de “méchants”, mais seulement des consciences intriquées. Je peux alors voir que la plus grande force n’est pas dans ma vision de juste et de sauveur, mais dans ce que je partage d’égal avec toute l’humanité. Être dans la même impulsion créatrice au service de dynamiques plus grandes devant lesquelles je ne peux que m’incliner. Avec respect et gratitude pour le processus créateur qui explore à travers chacun toutes les facettes du vivant et au service duquel je vais pouvoir apporter ma part.
Où ce qui nous semble mauvais est toujours en résonance avec ce qui n’est pas ouvert et libre. Où ce qui vient contrarier mon équilibre montre ce qui résiste, probablement en fidélité de mémoires plus anciennes de ma lignée.
Ceci veut dire que mon pire ennemi m’offre l’opportunité de voir ce qui n’est pas libre en moi… La vie se charge alors de me montrer les pas que j’ai à faire. Dans chaque contrariété, dans chaque souffrance. Je ne suis plus la victime de ce que les autres me font subir, mais je deviens acteur de cette difficulté qui est une invitation à grandir vers plus de paix et de capacité d’accueil. Lorsque ceci est clair pour moi, alors l’humilité de mon impuissance va pouvoir s’associer à la confiance totale dans les processus créateurs.
Voyez-vous ainsi la part “égoïste” qui se joue dans une écologie idéaliste et incapable d’intégrer les zones d’ombre ? Qui ne reconnaît pas l’alchimie que la matière accepte de jouer avec nous pour que notre force se dégage ?
Trop souvent, nous souhaitons un monde intègre, adamique, par fermeture face au néant qui menace derrière la destruction. Conscients de l’aventure cosmique que nous réalisons sur la Terre, telle qu’elle est, il est plus facile alors de célébrer la liberté du rêve de chaque vie telle qu’elle est.
Si je reste aveugle aux intrications qui déterminent les destins des justes et des injustes,
qui est le sens de l’alchimie à accomplir par chacun, alors mon monde sera parcellaire et réducteur.
Sommes-nous prêts à faire ce pas d’apaisement et d’élévation qui fait de nos cœurs l’espace libre d’accueil où la vie peut s’écouler dans sa logique plus grande et unifiée ? Pour permettre ainsi au nouveau champ que nous aurons créé de balayer les vieilles références étriquées ?
Et peut-être à un beau monde d’être à travers nous.
* [NdlR] identification, intrication : processus mis en lumière dans les constellations. Je suis identifié, ou intriqué, lorsque je suis (inconsciemment, involontairement) lié à une autre personne, et que ce lien influence (négativement) ma propre vie. Voir aussi le dossier spécial Constellations dans Science de la Conscience n° 25.
SE PROCURER LA REVUE N° 33 CONTENANT CET ARTICLE