Et le déchet devient ressource

Et le déchet devient ressource

 

A partir de 1884, grâce à M. Poubelle, on parle d’évacuation de déchets. A partir de 1975, un glissement se produit : de l’évacuation, on tend vers la notion d’élimination. Puis la loi du 13.7.1992 distingue l’élimination de la valorisation : la notion de déchets ultimes apparaît. Une directive cadre européenne nous conduit ensuite de la valorisation à la prévention. Cette notion n’est pas encore concrétisée, mais conduit certains à évoquer un possible changement de paradigme : des réflexions sont menées sur les modes de production qui conduisent à envisager l’écoconception, ou des politiques locales de prévention.

Un autre axe de réflexion basé sur la nature des déchets consiste à favoriser la valorisation organique (30% du poids de nos poubelles) et le recyclage (25% des plastiques triés sont réutilisés en contenants alimentaires).

 

Des ressources limitées

Nous vivons sur une planète aux ressources limitées. Les stocks prouvés sont :

Durée des stocks disponibles

 

Pétrole

 

42 ans

 

Or, Zinc

 

17 ans

 

Fer

 

79 ans

 

Platine

 

16 ans

 

Charbon

 

150 ans

 

Etain

 

20 ans

 

Nickel

 

40 ans

 

Aluminium

 

131 ans

 

Gaz naturel

 

64 ans

 

Palladium

 

15 ans

 

Cuivre

 

31 ans

 

Cobalt

 

122 ans

 

Argent

 

13 ans

 

Plomb

 

22 ans

 

 

                                               

Du déchet à la matière secondaire : le recyclage

Le recyclage permettrait d’effectuer 94% d’économie. Les déchets deviennent dès lors, pour beaucoup, une matière secondaire. Il est curieux de constater que si la nature du déchet reste la même, notre regard, notre appréciation changent à son égard, du fait d’un nouvel éclairage, d’une nouvelle connaissance, d’un nouveau concept, d’une prise de conscience d’une valeur intrinsèque, cachés jusqu’alors.

Comment ne pas songer à ce principe quantique que l’observateur agit sur l’objet observé !

Ne serait-ce pas là un passage obligé de notre société pour prendre conscience de cette zone d’ombre que nombre de nos citoyens refusent de voir et qui, pourtant, s’étale devant nos yeux : nos poubelles débordent ! Le déchet devient une ressource.

 

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la chronique de Jean de Laprace

La vaine gloire

Dans mon village, au bistrot, le maire est le sujet de conversation préféré des habitués : “C’est un menteur et un tricheur !”, dit le propriétaire du bistrot. “C’est un âne plein de suffisance !”, affirme l’épicier. “Il ne faut absolument plus voter pour lui !”, s’écrie le pharmacien. “Il est le politicien le plus corrompu que j’aie jamais connu !”, assure le maître d’école. Ces propos éveillent ma curiosité, et quand je rencontre le maire, ancien compagnon de classe, je lui demande : “Combien te rapporte ton nouveau poste de maire ?”. “Quoi !”, s’exclame-t-il. “Je ne reçois aucun salaire !”. “Mais alors pourquoi le fais-tu ?”. “Pour l’honneur !”, me répond-il, en se redressant, tout fier.

 

La nature humaine est ce qu’elle est. Elle est pourtant la seule responsable de l’état de notre monde, qu’elle conduit à la destruction avec ignorance, insouciance et arrogance…

 

Une pensée sclérosée trouve toujours les grandes solutions qui perpétueront un système en faillite : le réchauffement climatique est dû aux émissions de CO2 dans l’atmosphère, alors utilisons l’énergie nucléaire, même si nous ne savons pas exactement quoi faire des déchets, qui resteront radioactifs pendant quelques millénaires. Capturons le CO2 industriel à la source et stockons-le sous terre, même si nous ignorons les risques d’un tel procédé : combien de temps va-t-il vraiment rester sous terre ? On oublie qu’en 1986, au Cameroun, une gigantesque bulle de CO2 s’est échappée des profondeurs du lac Nyos, tuant quelque 1700 personnes et d’innombrables animaux. La biodiversité se dégrade, des milliers d’espèces végétales et animales disparaissent chaque année ? Pas de problème : créons-en de nouvelles grâce à l’ingénierie génétique, ou alors créons de nouvelles générations de machines-robots !

 

Le grand thème du réchauffement climatique est actuellement quelque peu oublié en faveur de la crise financière qui, entre-temps, est devenue économique, et commence à devenir sociale. Au vu de ce nouveau type de crise, les experts se prononcent, de grandes mesures sont avancées en fanfare. Le malade s’écroule sous l’effet du poison, et on lui injecte encore des doses massives de ce même poison. Les problèmes structurels et systémiques - recherche du profit à tout prix et d’une croissance illimitée, création de richesse virtuelle, manque de solidarité sociale, manque de respect de l’individu et de la Nature… - sont ignorés. On cherche les solutions faciles.

 

… jusqu’à un jour, certain, mais dont nous ignorons la date.

 

On raconte qu’Alexandre le Grand, au moment de sa mort, a promis la moitié de son empire à quiconque pourrait prolonger sa vie juste le temps nécessaire pour pouvoir à nouveau rendre visite à sa mère. Tous les grands docteurs rassemblés à son chevet furent incapables d’ajouter un seul souffle à sa vie, même en échange de son immense empire. Le visage d’Alexandre devint de plus en plus triste, des larmes coulaient. Avec la grandeur qui le caractérisait, il dit : “Si j’avais connu la valeur d’un seul souffle, je n’en aurais jamais autant gaspillé dans de vaines poursuites”. Il donna alors ses dernières instructions pour ses funérailles : lors de l’enterrement, ses mains devraient rester hors du couffin, paumes vers le ciel. Pour que tout le monde voie qu’Alexandre le Grand, qui avait voulu conquérir le monde, l’avait quitté les mains vides.

 

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Ecologie et comportement

Pour une écologie globale

 

 

Daniella Conti

bio-psycho-généalogiste,

animatrice de constellations familiales

 

 

Cesser de catégoriser la vie

Si l’Ecologie a marqué un élargissement de la conscience de notre relation au monde, elle subit les logiques d’une économie basée sur les contraintes d’une croissance quantitative.

Cela est clair. Ce qui l’est moins, c’est le poids d’un certain conformisme, d’une soumission générale à des dogmes qui ne sont jamais nommés. Par exemple, il est admis de déplorer la disparition d’espèces animales en Afrique ou en Indonésie, la déforestation en Amazonie ou le dérèglement climatique, mais on parle peu de certains scandales sous nos yeux. Quel journaliste ose dénoncer la pratique de l’élevage industriel dans nos pays “évolués”, du transport des animaux vivants, de la réalité des abattoirs, de l’expérimentation animale, justifiée seulement par l’avidité de nouveaux profits pharmaceutiques dans la jungle d’une recherche qui se dit scientifique et qui entretient l’illusion de son efficacité ? Comme, il y a trente ans, on excluait l’écologie du politique, le bien-être animal est relégué au rayon de la sensiblerie à la Brigitte Bardot. Et pourtant, cette catégorisation de la Vie est la même qui autorisait l’esclavage des Noirs ou les camps de concentration. Sommes-nous prêts à renoncer à notre vision anthropocentriste du monde ? L’homme a bien un rôle particulier à y jouer, mais à sa juste place, et responsable.

 

Ecologie médicale

Ce qui fige la situation actuelle est aussi une “auto-censure” de l’information, qui reste trop dépendante d’un consensus contrôlé par les grandes lignes idéologiques de notre société.

Qui peut dénoncer l’utilité des vaccins ou de cette recherche engluée dans la vision pasteurienne de la maladie comme une agression extérieure ? Même la presse alternative n’imagine pas une “écologie médicale” : le besoin d’une médecine qui s’intéresse à la santé et réalise le massacre de malades soumis à des traitements dangereux et à une peur des maladies qui est pathogène. Je m’inspire de cette culture souterraine qui, depuis une vingtaine d’années, a pu s’élaborer autour des découvertes fondamentales du Dr Hamer, destitué, condamné, exilé. Lorsqu’on a eu la chance de vérifier ces pistes nouvelles et cons­taté les résistances officielles qu’elles provoquent, le pas à faire pour élargir notre vision du monde et de la vie est évident.

Loin des revendications essentiellement sociales des revues écolos, qui souhaitent la trithérapie pour tous et plus de médicaments remboursés… Même les anarchistes aujourd’hui sont vaccinés !

 

Alors ?

Je ne crois pas non plus que dénoncer tout cela va suffire.

Tant que ce qui détermine ces comportements et ces pratiques n’est pas vu et conscientisé, la dénonciation reste dérisoire.

On légifère depuis des années sur les millimètres possibles des cages des poules pondeuses ou  sur l’interdiction de quelques insecticides lorsqu’il n’y aura plus d’abeilles. À part José Bové, l’écologie est rentrée dans les rangs du raisonnable, et aucun sursaut ne réveille le monde.

Pourtant, il y a une génération d’écolos : j’en ai vu ! Ils roulent à vélo, ferment bien le robinet lorsqu’ils se lavent les dents, trient leurs déchets, consomment bio et équitable. La pub en parle. Ils se ressemblent : dans la queue au marché bio, ils guettent la botte de radis comme au marché noir. Je me souviens de l’époque où j’étais végétarienne et donnais des leçons à tous les bouffeurs de cadavres. Quelque chose n’est pas apaisé. Il y a, dans cette volonté d’“être écolo”, le poids des peurs exorcisées à travers un comportement. Dormir au bon endroit, loin des “mauvaises” influences géo-telluriques. Ils ne loupent pas le papier jeté par terre, ni la crotte de chien non ramassée. C’est une mission contre le mal, et se sentir du côté des justes a souvent alimenté les guerres plutôt qu’autre chose.

Vont-ils pouvoir sauver le monde ?

Il me semble que les vrais changements doivent se réaliser dans une prise de conscience plus globale et plus profonde. Comment imaginer et incarner un monde respectueux de la Vie ? À l’heure où les bombes israéliennes tombent sur Gaza.

 

Le conformisme de l’appartenance

Voltaire avait déjà repéré ce qui limite notre monde : l’intérêt, la rentabilité sont des moteurs évidents de l’exploitation destructrice. Mais il y a aussi ce “conformisme” plus occulte, qui conditionne nos comportements, qui nous donne des repères à ne pas franchir, le politiquement correct, le besoin de rester dans l’approbation de ce qui est établi. Une auto-limitation, qui dénonce dans tout ce qui est vraiment nouveau, du charlatanisme. Surtout en France. Dès qu’une idée nouvelle pointe son nez : “Un terroriste, une secte !… Pan ! Pan !”

Voltaire disait qu’on aime mieux croire un mensonge entendu 1000 fois qu’une vérité tout à fait nouvelle. Je trouve important de voir le même scénario dans l’histoire de Galilée avec le Vatican, lorsque c’était le Soleil qui tournait autour de la Terre, et ce qui se passe actuellement lorsque quelqu’un découvre des vérités tout à fait nouvelles : le Dr Hamer, Beljanski, Jacques Benveniste…

Ce qui porte malgré tout ma confiance et me permet de vivre sereinement vient de la sagesse proposée par Bert Hellinger, le créateur des “constellations familiales”.

Ce qui est nouveau, c’est sa compréhension des dynamiques familiales à l’origine de ce qui va déterminer nos comportements : sou­cieux de répondre aux attentes conscientes et inconscientes du système, pour ne pas risquer de perdre l’appartenance, nous expérimentons la sensation d’une “bonne” conscience lorsque nous obéissons à ce consensus, et de “mauvaise” conscience lorsque nous prenons le risque de ne pas répondre à ses attentes.

Ceci est en réalité à l’origine d’une grande violence, qui se montre dans l’exemple des kamikazes. Des jeunes prêts à sacrifier leur vie, au nom de leur famille, de leur peuple et de leur culture. Une quête d’héroïsme et de “sainteté” qui, pourtant, aboutit à des massacres.

Et cela est vrai pour tout système : familial, groupe, école de pensée…, c’est-à-dire tout système qui constitue, selon la physique quantique, à un niveau plus subtil, comme la mémoire des formes d’une graine, un champ morphogénique.

Bonne et mauvaise conscience : la guerre continue

Quel rapport avec l’écologie ? En nous rangeant du côté des bons, des non-pollueurs, nous alimentons les mêmes mécanismes de bonne conscience : sommes-nous prêts à voir le piège qui nous enferme à nouveau dans un monde judéo-chrétien où les bons seront les élus et où la guerre envers les autres va continuer ? Où nous restons prisonniers du consensus.

Comme dans un système familial, un groupe, une nation, une école de pensée obéissent  aux mêmes mécanismes, qui ne tolèrent pas l’innovation déstabilisatrice : comme à l’époque de Galilée, le monde médical a repris, au nom de la Science, la flamme de l’excommunication. Dans nos démocraties, on parle de charlatanisme ; ailleurs, on enferme ou on tue. Tout jugement est la première étape de l’exclusion de l’appartenance ; en réalité, c’est déjà un meurtre.

Qui aura enfin l’innocence de l’enfant qui crie tout fort : “Le Roi est nu” ?

Stop à une médecine de la peur et de la dépendance. Intéressons-nous aux processus des pathologies et reprenons nos respon­sabilités pour des vies saines. Cessons de nous réjouir du succès des téléthons : chaque année, c’est plus, mais cette croissance est proportionnelle à nos peurs.

Un gros travail nous attend de compréhension de nos mécanismes de comportement, reliés probablement à ceux qui nous ont précédés, pour trouver la légèreté de laisser ces processus libérateurs s’accomplir à travers nos vies. Ce qui est garant de responsabilité et de bonne santé. Ce sera plus facile lorsqu’un nouveau champ de pensée sera assez puissant pour permettre le saut du quantifiable et répétitif à une vérité plus unifiante et res­ponsable.

 

Ecologie intérieure

Le temps est venu pour une prise de conscience plus “globale” de nos “identifications”* et de nos modes de fonctionnement, qui répètent la même fermeture au nom d’une supériorité implicite. Tant que nous continuons à rester identifiés aux repères de nos “bonnes” consciences, le vieux monde a de l’avenir.

La crise actuelle est grave, et le pas à faire est à sa mesure. Et surtout, il nous reste à comprendre ce qui doit changer et comment. Ceux qui sont conscients de cette crise ont aussi la responsabilité de s’ouvrir à une globalité qui n’exclut pas mais réunifie. Comment ?

Bert Hellinger dit qu’il n’y a qu’une seule façon d’être en paix et de ne pas poursuivre la guerre : accueillir le monde TEL QU’IL EST. Ceci ne veut pas dire dans la résignation de l’impuissance, mais dans la force du seul creuset de changement qui nous est accessible : nous-même. Lorsque je désire un monde autre, lorsque j’accuse les méchants d’être responsables de mon malheur, je suis encore l’enfant qui rêve des parents idéaux qu’il n’a pas eus. Ça veut dire en pleine “intrication”* et répétition d’un passé non apaisé. Surtout, lorsque je n’ai pas réussi à sauver mes parents, je veux sauver le monde.

Une écologie intérieure doit accompagner notre lecture du monde. Ce regard sur ce qui me conditionne et épuise mes ressources, mon potentiel énergétique : apprendre à trouver ma force, mes énergies renouvelables. Apprendre à ne pas ruminer les pensées qui polluent. Etre à ma juste place et aligné avec l’héritage des ancêtres va me permettre d’accepter mes parents tels qu’ils ont été, exactement tels qu’ils ont pu l’être. À ma place d’enfant, impuissant face aux grands, je reçois alors l’héritage de ma lignée et je l’accomplis en l’accueillant dans tout son sens. Avec cou­rage et responsabilité.

 

La même attitude face aux forces plus grandes qui déterminent les destins va nous permettre d’accueillir l’exploration créatrice de la vie à travers chaque être vivant, tel qu’il est. À l’étape de conscience qu’il traverse. Même alcoolique, violent, prédateur, assassin ou chercheur avide et malhonnête. Le défricheur de forêts vier­ges est dans la même quête d’amour, à sa manière.

Dans cette compréhension, il n’y a plus de “bons” et de “méchants”, mais seulement des consciences intriquées. Je peux alors voir que la plus grande force n’est pas dans ma vision de juste et de sauveur, mais dans ce que je partage d’égal avec toute l’humanité. Être dans la même impulsion créatrice au service de dynamiques plus grandes devant lesquelles je ne peux que m’incliner. Avec respect et gratitude pour le processus créateur qui explore à travers chacun toutes les facettes du vivant et au service duquel je vais pouvoir apporter ma part.

Où ce qui nous semble mauvais est toujours en résonance avec ce qui n’est pas ouvert et libre. Où ce qui vient contrarier mon équilibre montre ce qui résiste, probablement en fidélité de mémoires plus anciennes de ma lignée.

 

Ceci veut dire que mon pire ennemi m’offre l’opportunité de voir ce qui n’est pas libre en moi… La vie se charge alors de me montrer les pas que j’ai à faire. Dans chaque contrariété, dans chaque souffrance. Je ne suis plus la victime de ce que les autres me font subir, mais je deviens acteur de cette difficulté qui est une invitation à grandir vers plus de paix et de capacité d’accueil. Lors­que ceci est clair pour moi, alors l’humilité de mon impuissance va pouvoir s’associer à la confiance totale dans les processus créateurs.

Voyez-vous ainsi la part “égoïste” qui se joue dans une écologie idéaliste et incapable d’intégrer les zones d’ombre ? Qui ne reconnaît pas l’alchimie que la matière accepte de jouer avec nous pour que notre force se dégage ?

Trop souvent, nous souhaitons un monde intègre, adamique, par fermeture face au néant qui menace derrière la destruction. Conscients de l’aventure cosmique que nous réalisons sur la Terre, telle qu’elle est, il est plus facile alors de célébrer la liberté du rêve de chaque vie telle qu’elle est.

Si je reste aveugle aux intrications qui déterminent les destins des justes et des injustes,

qui est le sens de l’alchimie à accomplir par chacun, alors mon monde sera parcellaire et réducteur.

Sommes-nous prêts à faire ce pas d’apaisement et d’élévation qui fait de nos cœurs l’espace libre d’accueil où la vie peut s’écouler dans sa logique plus grande et unifiée ? Pour permettre ainsi au nouveau champ que nous aurons créé de balayer les vieilles références étriquées ?

Et peut-être à un beau monde d’être à travers nous.

 

* [NdlR] identification, intrication : processus mis en lumière dans les constellations. Je suis identifié, ou intriqué, lorsque je suis (inconsciemment, involontairement) lié à une autre personne, et que ce lien influence (négativement) ma propre vie. Voir aussi le dossier spécial Constellations dans Science de la Conscience n° 25.

 

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La loi de cause à effet

Pour mieux comprendre la situation
dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui

 

Coline d’Aubret

formatrice en Psychologie Essentielle

 

A l’échelle humaine, que ce soit au plan individuel ou collectif, la loi de causalité peut de façon simple s’énoncer comme suit : je pose un acte, j’en récolte la conséquence, l’action négative que je fais aujourd’hui aura des conséquences désagréables dans le futur, l’action positive aura des conséquences agréables.

 

Origine des actions négatives

Nous le savons… mais alors, pourquoi faisons-nous “quand même” des actions négatives ? D’une part, parce que nous ne maîtrisons pas suffisamment nos émotions négatives et nos “traits négatifs du caractère” (voir l’encadré) ; d’autre part, parce que nous sommes dans l’ignorance, la méconnaissance de ce que nous sommes réellement, que nous vivons dans l’illusion.

 

Prisonniers du passé

Les enseignements spirituels ont pour but de  nous faire prendre conscience des émotions et traits négatifs qui nous manipulent, et de nous sortir de l’ignorance (ou l’illusion) dans laquelle nous vivons, pour nous conduire à une meilleure perception du réel. En attendant que ce changement s’opère en nous avec le temps, nous restons prisonniers des actes négatifs que nous avons posés dans le passé et qui nous mettent aujourd’hui dans des situations désagréables…

Le remède est simple à comprendre, plus difficile peut-être à mettre en œuvre : si nous voulons à l’avenir vivre des situations agréa­bles plutôt que désagréables, nous devons arrêter d’agir négativement - en pensées, en paroles et en actions. Tant que nous conti­nuons à penser, parler et agir négativement, nous semons pour nous-mêmes les graines d’un avenir déséquilibré.

 

Trois actions physiques néfastes

Elles sont au nombre de trois.

Tuer

Tuer ce qui vit, ce qui a de la vie, que ce soit un être humain, un animal, ou même une mouche. Le principe veut que celui qui tue… sera un jour tué.

Qu’en est-il des plantes ?

Semer des plantes, les cueillir, les récolter, c’est agir encore dans le respect de leur vie. Par contre, fabriquer des plantes qui ne sont plus capables de se reproduire, des hybrides, des O.G.M., c’est commencer à tuer les plantes, et quand un tel phénomène est enclenché, c’est très mauvais signe pour l’avenir de l’humanité : un jour, les plantes arrêteront pour de bon de se reproduire, et s’il n’y a plus de plantes, les autres êtres vivants ne pourront plus non plus se reproduire. Avec les manipulations qui se font actuellement, nous sommes en train de programmer la mort de la planète.

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Matière et esprit

Le rôle de la technologie dans l’avenir de l’humanité

 

Françoise Antier

ingénieur

 

Etat des lieux

Lorsqu’on regarde les relations qui existent entre l’état de l’humanité d’aujourd’hui et le développement de la technologie dans tous les domaines de la vie, nombre de peurs se manifestent et de questions se posent. Impuissance à l’égard de la fascination qu’elle exerce maintenant sur toute la planète, horreur vis-à-vis de ses effets secondaires dévastateurs, angoisse face aux menaces qu’elle fait peser sur l’avenir de l’humanité, révolte contre son emprise déshumanisante dans le monde du travail… Qu’est-il donc advenu de l’espérance qu’elle soit le vecteur d’un monde meilleur ?

 

Contre-forces nécessaires

Il y a presque un siècle, en pleine guerre mondiale, alors que l’ère technologique en était à ses balbutiements, un grand visionnaire, Rudolf Steiner, enseignait à ses élèves le rôle dévolu à la mécanisation dans l’évolution de l’humanité. En ce début de XXIe siècle où la civilisation technologique, voire même la vie humaine, semblent perdre leur sens, il peut être important de chercher à se référer à une vision clairvoyante, comme celle de R. Steiner, quant au sens que peut avoir ce développement prépondérant de la technologie. Souvenons-nous que c’est lui l’instigateur, entre autres, de ce qui est devenu l’agriculture biologique, aujourd’hui devenue une nécessité vitale de plus en plus reconnue, alors que de son temps, personne n’imaginait ce qui allait advenir de notre alimentation et n’en soupçonnait les conséquences. Selon lui, l’humanité était appelée au cours de son évolution à introduire les machines dans son environnement de façon considérable. Les hommes allaient se spécialiser et s’automatiser de plus en plus dans leur profession. Il expliquait dans ses conférences que c’était une préparation de l’avenir cosmique lointain de l’humanité. Mais il en annonçait aussi les risques, si des contre-forces à cette hypermécanisation n’étaient pas créées : “Le progrès strictement extérieur dans l’évolution des métiers conduirait à la dissolution de tous les liens humains… Il ne faut pas que cela arrive, sinon l’espèce humaine tombera dans une complète décadence. Pour que cela ne se produise pas, il faut que la science de l’esprit se répande…”.

 

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Penser, aimer, faire

Pour que l’esprit entre dans la matière

 

Idris Lahore

psycho-anthropologue

entretien avec des stagiaires

 

 

Lier le cœur à la pensée

Récemment, vous nous avez avertis que la décennie à venir allait être difficile, et vous nous avez proposé de ne pas prendre cette information à la légère, superficiellement… Comment faire pour prendre intérieurement cette information au sérieux ?

Prendre les choses à la légère, c’est les prendre au niveau de la pensée et rester à ce niveau, alors que la pensée est ce qu’il y a de plus superficiel dans l’être humain ; le cerveau pensant, le néocortex, est le plus récemment formé. C’est la raison pour laquelle on peut toujours trouver des solutions, pas toujours bonnes d’ailleurs, par la pensée logique et raisonnable.

Ne pas prendre les choses à la légère, par contre, c’est non seulement y réfléchir, mais commencer à les ressentir, les faire passer au niveau du cœur, donc les valoriser ou les aimer.

Pour que la pensée crée

Mais comment prendre avec le cœur la gravité d’un devenir ?

En valorisant cette information. C’est parce qu’on la valorise qu’elle peut devenir une action ensuite. Ceux qui ne valorisent pas ne font rien, ils n’agissent pas, ils ne font qu’échafauder des théories qui conduiront à des catastrophes encore plus grandes. Ceux qui prennent l’information à cœur agiront pour participer à la création d’un monde meilleur.

Tout ce qu’on ne saisit que par la pensée reste extérieur à soi. Contrairement à ce que les gens imaginent, le monde de la pensée n’est pas à l’intérieur, mais à l’extérieur, et le cerveau humain, qui est en réalité un ordinateur (un ordinateur biologique un peu plus performant que nos machines-ordinateurs), ne fait que capter et enregistrer des informations. Le cerveau est comme un miroir, il réfléchit, il reflète. Mais les pensées ne deviennent vivantes qu’à partir du moment où elles sont valorisées ou aimées parce qu’elles entrent alors dans le système rythmique de l’être humain, dans son cœur et dans sa respiration. Après seulement, l’être humain peut commencer à agir dans le monde, en utilisant ses membres et ses mains. Tant que l’information reste au niveau de la pensée, elle se réfléchit dans sa tête, parce que le cerveau n’est fait que pour miroiter et qu’il n’est pas capable de créativité. Ce qui est apparemment créé par la pensée n’est pas vraiment création, mais simplement reflet, pensée associative, jeu avec des idées. La création vient quand la pensée entre dans le corps, le cœur, la circulation, la respiration et qu’ensuite, elle devient également mouvement dans les mains. La plupart des gens ne vivent qu’avec leurs pensées, c’est-à-dire leur passé, leurs souvenirs, des mémoires, ce qui revient à dire qu’ils ne vivent qu’avec du vieux. Tant qu’on ne fait pas entrer la pensée au niveau du cœur, elle n’est pas vivante et elle n’est pas créative.

 

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Le développement durable

Elisabeth Laville

conseil en développement durable

interview Maya Ollier

 

L’émotion met en mouvement

Quand vous réfléchissez à notre avenir, êtes-vous plutôt confiante ou pessimiste ?

J’entends ceux qui disent que l’espèce humaine court à sa perte, mais je reste optimiste. J’ai confiance dans la capacité de l’humanité à prendre conscience de ses impacts, à réagir et à inverser le mouvement. Selon moi, il faut plutôt se demander quels moyens développer, non seulement pour que la prise de conscience se fasse, mais surtout pour qu’elle se fasse d’une manière qui donne aux gens l’envie et les moyens d’agir. Que ce soit à la tête des entreprises ou de manière plus individuelle, certains pensent qu’on fonce dans le mur, mais ils sont tellement tétanisés qu’ils ne font rien ; d’autres qu’on nous en parle depuis 30 ans et qu’on n’est toujours pas dans le mur, avec un petit côté “Après nous, le déluge”. Moi, à ces gens-là, je leur demande de penser à leurs enfants. Ce qui me rappelle le film d’Al Gore, “Une vérité qui dérange”. Quand il est sorti, beaucoup d’intellectuels ont dit que c’est vraiment trop américain, cette façon de parler de sa femme qui a failli mourir, etc., que ces considérations personnelles n’ont rien à voir avec le sujet, et même qu’elles le desservent. J’ai constaté le contraire : des membres de ma famille, alors que je les saoule avec le sujet depuis longtemps, ont décidé en sortant du film de changer toutes les ampoules à la maison. L’émotion est une façon de toucher et, littéralement, étymologiquement, de mettre en mouvement. Mais la France est le pays de Descartes, on utilise peu l’émotion, elle fait peur, on la trouve manipulatoire, alors qu’on manipule tout autant, et probablement plus, avec des chiffres et des infos rationnelles.

Par contre, ce que la rationalité ne fait pas et que l’émotion arrive à faire, c’est mettre les gens en mouvement. Des études ont été faites aux Etats-Unis avec des gens souffrant de maladies cardio-vasculaires graves, un homme avait même subi un triple pontage coronarien. Quand on leur dit (rationnellement) : “Il faut changer de mode de vie, arrêter de fumer, avoir une activité physique, etc., parce que, sinon, vous êtes mort…”, dans 90% des cas, ils ne changent pas et ils meurent. Le taux est quasi inversé avec des personnes souffrant des mêmes maladies, à qui on tient le même discours, mais à qui on propose parallèlement d’imaginer ce qu’elles vont pouvoir faire qui leur ferait vraiment plaisir, si elles vivent. Parce qu’on les fait travailler sur une dimension plus émotionnelle, comme se rapprocher de leurs enfants parce qu’elles ont tellement bossé qu’elles ne les ont pas vraiment vu grandir… La seule prise de conscience ne suffit pas à changer les comportements. Il faut trouver les moyens et les outils pour donner aux gens envie de changer. Dans quel monde mon fils, ma fille, vont-ils grandir ? Si tout le monde faisait ce lien-là, tout serait différent.

 

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Pour une “éco-économie”

Le  “Plan B” de Lester R. Brown

 

Patrick Zimmer , formateur

 

 

Le  constat est sans appel : le mode de vie de nos sociétés “développées” n’est plus compatible avec les capacités de notre planète. Nous consommons en effet les ressources naturelles nettement plus vite qu’elles ne peuvent se renouveler ; nous rejetons dans l’atmosphère de telles quantités de gaz à effet de serre (notamment le CO2) que la nature ne peut les absorber, conduisant au réchauffement climatique et toutes ses conséquences. Bien sûr, ce n’est pas la première fois dans l’histoire que la demande dépasse le taux de renouvellement naturel des écosystèmes, mais par le passé, cela n’était que local ; aujourd’hui, le dépassement est global. Nous savons quels sont les problèmes et des solutions existent. Et de plus en plus de scientifiques et autres personnalités, non seulement tirent la sonnette d’alarme, mais font des propositions concrètes pour infléchir la tendance. Lester R. Brown fait partie de ceux-là.

 

Lester R. Brown

Lester Russel Brown est né en 1934. Agroéconomiste et analyste environnemental américain, il est un pionnier des recherches sur le développement durable : il y a une trentaine d’années, il a en effet participé à l’émergence de la notion de développement soutenable vis-à-vis de la contrainte environnementale et fondé le Worldwatch Institute, le premier institut voué à l’analyse des questions d’environnement mondial. Aujourd’hui, Lester R. Brown est président de l’Earth Policy Institute, un institut de recherche interdisciplinaire à but non lucratif, basé à Washington D.C., et qu’il a fondé en 2001. L’Earth Policy Institute vise à construi­re une vision de l’économie qui soit soute­nable d’un point de vue environnemental et travaille dans l’identification des moyens de mise en œuvre de cette “nouvelle économie”. Lester R. Brown est l’un des auteurs essayistes les plus diffusés dans le monde ; bien qu’il ait écrit plus de 20 ouvrages, il est principalement connu pour ses livres “Eco-Economy” et “Plan B”.

Le “Plan B” est conçu comme une alternative à la marche traditionnelle de l’économie. Il constitue un ensemble de mesures concrètes et chiffrées, articulées selon plusieurs axes interdépendants : éradiquer la pauvreté et stabiliser la population, remettre la planète en état, nourrir correctement 7 milliards d’individus, stabiliser le climat, concevoir des cités pérennes.

 

Eradiquer la pauvreté et stabiliser la population

Ces deux objectifs sont intimement liés, car “réduire la croissance démographique contribue à la réduction de la pauvreté et de ses effets négatifs, et réciproquement, éradiquer la pauvreté aide à la stabilisation démographique”. L’un des moyens de réduire le fossé entre riches et pauvres est d’assurer un accès universel à l’éducation. En effet, les bénéfices d’une éducation scolaire sont nombreux, particulièrement pour les femmes : on sait par exemple que la réussite d’un enfant dépend étroitement du niveau d’éducation de sa mère, et par ailleurs que la fécondité des femmes varie en sens inverse de leur niveau d’éducation. “L’éducation des femmes est la clé qui permettra de sortir du cercle vicieux de la pauvreté”. Une proposition concrète du Plan B est le lancement de programmes d’apprentissage de la lecture pour adultes (il y a 800 millions d’adultes analphabètes) en s’appuyant sur des bénévoles. A côté de l’éducation, la santé est la deuxième pierre angulaire, à la fois du développement du potentiel humain et de la stabilisation de la population. Il faut permettre l’accès à un meilleur système de santé pour les populations les plus défavorisées, notamment en aidant les pays pauvres à lutter contre les ma­ladies infectieuses. Un effort particulier doit être fait pour infléchir l’épidémie de sida, au travers tout particulièrement de l’éducation à la prévention.

Sur le plan économique, l’un des moyens des pays en voie de développement pour sortir de la pauvreté consiste à assurer le succès d’un secteur agricole orienté vers l’exportation. Mais cette voie est souvent bloquée par les subventions très importantes accordées par les pays riches à leurs agriculteurs, conduisant à des prix artificiellement bas sur les marchés mondiaux, particulièrement pour le sucre et le coton. “Le monde riche ne peut plus se satisfaire des politiques agricoles qui emprisonnent de façon permanente des millions de personnes dans la pauvreté en coupant à la base l’une de leurs principales échappatoires”. En même temps que la suppression de ces subventions agricoles néfastes, l’effacement de la dette des pays les plus pauvres serait une autre composante essentielle de l’éradication de la pauvreté.

 

Remettre la planète en état

“Une stratégie d’éradication de la pauvreté est vouée à l’échec si, dans le même temps, les écosystèmes nécessaires au fonctionnement économique s’effondrent”. A propos de la situation de Haïti, Craig Cox dresse le constat suivant : “L’effondrement écologique et celui de la société se renforcent mutuellement dans un cercle vicieux de pauvreté, de dégradation environnementale, d’injustice sociale, de maladie et de violence”. Cette situation n’est malheureusement plus un cas isolé : c’est ce qui attend de plus en plus de pays si nous ne lançons pas un vaste programme de restauration de la planète, un programme qui va “réclamer un effort international gigantesque, plus vaste et plus exi­geant que le plan Marshall”, un programme en 5 points : protéger et restaurer les forêts, préserver et reconstituer les sols, satisfaire les besoins en eau de la nature, régénérer les pêcheries, protéger la diversité de la faune et de la flore.

 

Protéger et restaurer les forêts

“La protection des 3,9 milliards d’hectares de forêts restant sur Terre, et la restauration des surfaces forestières perdues, sont deux éléments essentiels de la restauration des écosystèmes planétaires et un des piliers de la nouvelle économie”. Pour diminuer la pression sur la couverture forestière mondiale, il est nécessaire, et c’est possible, de réduire la quantité de bois utilisée, dans les pays industrialisés pour la fabrication de papier, et dans les pays en voie de développement comme combustible. Par exemple, si tous les pays étaient aussi efficaces que l’Allemagne en termes de recyclage du papier, la quantité nécessaire de pâte à papier au niveau mondial diminuerait d’un tiers. A quoi se rajoute bien sûr le potentiel énorme de diminution de la consommation de papier en remplaçant le jetable par des produits réutilisables en tissu. Le besoin en combustible représente un peu plus de 50% de l’abattage forestier à l’échelle mondiale. Là-aussi des solutions existent : utilisation plus efficace du bois grâce notamment à de nouveaux fours, remplacement du bois par des fours solaires thermiques…

 

Préserver et reconstituer les sols

Au cours des dernières décennies, une fraction importante de la couverture végétale des sols a été détruite (coupes à blanc, surpâturage, surlabourage), induisant la perte de sols accumulés sur des temps géologiques. Restaurer la couche forestière et herbeuse offre de nombreux avantages : protection des sols contre l’érosion, réduction des inondations, piégeage du gaz carbonique. Une autre méthode de préservation des sols est le “labour non destructeur” : les fermiers plantent les graines dans le sol non retourné, au milieu des résidus de la récolte précédente.

 

Régénérer les pêcheries

La politique de quotas de prises sur certaines espèces de poissons menée depuis des décennies a connu des résultats contrastés. Une autre approche se développe depuis quelques années : la création de réserves marines, agissant comme des stations d’alevinage naturelles et contribuant ainsi au repeuplement des zones avoisinantes. Les expériences déjà réa­lisées montrent que la vie marine reprend très vite le dessus lorsqu’une telle réserve est établie. Le coût de gestion d’un réseau de réserves marines couvrant 30% des océans a été estimé de 12 à 14 milliards de dollars par an, ce qui est nettement moins que les 15 à 30 milliards distribués par les gouvernements aux pêcheurs sous forme de subventions !

 

Stabiliser le climat

Le Plan B impose une réduction des émissions nettes de CO2 de 80% d’ici 2020, ce qui devrait permettre de limiter la teneur maximale en dioxyde de carbone de l’atmosphère à 400 ppm et par conséquent le réchauffement de la planète. Pour atteindre un tel résultat, il faut déjà stopper la croissance de la demande en énergie (selon l’AIE, la demande énergétique globale devrait croître de 30% d’ici 2020), en particulier au travers d’une augmentation de l’efficacité énergétique. Les marges de manœuvre pour ce faire sont très importantes : amélioration de l’isolation des bâtiments anciens, utilisation d’appareils électroménagers plus économes, remplacement des ampoules à incandescence par des ampoules à basse consommation, restructuration de l’offre de transport autour du train, du bus et du tramway, généralisation de l’usage de véhicules automobiles hybrides,… Parallèlement à l’accroissement de l’efficacité énergétique, il faut éliminer le charbon et le pétrole pour la production d’électricité et développer rapidement les énergies renouvelables. L’énergie éolienne, qui présente de nombreux avantages – elle est abondante et inépuisable, assez largement distribuée, propre, sans impact sur le climat et bon marché – est l’une des pièces maîtresses du plan B. L’énergie solaire quant à elle peut être utilisée à la fois pour la production d’électricité et de chaleur. L’objectif du Plan B est d’atteindre en 2020 une capacité de production d’électricité supérieure au million de mégawatts en multipliant les capteurs solaires sur les toits ; par ailleurs, 300000 MW supplémentaires pourraient être obtenus par la mise en service de centrales solaires photovoltaïques et thermiques. L’énergie géothermique est très peu exploitée, alors que son potentiel pour la production d’électricité, pour le chauffage résidentiel, pour le besoin en énergie de l’industrie,… est considérable : les dix kilomètres supérieurs de la croûte terrestre renferment 50000 fois plus d’énergie sous forme de chaleur que la totalité des réserves mondiales de pétrole et de gaz réunies ! A côté de l’éolien, du solaire et de la géothermie, les énergies de la biomasse et hydroélectrique complètent le “portefeuille énergétique” du Plan B, lequel ne comporte pas de volet nucléaire, l’énergie nucléaire n’étant pas rentable en comparaison des autres sources d’électricité (en considérant son coût total).

D’un point de vue quantitatif, “un tiers des émissions [de CO2] peut être évité en remplaçant les combustibles fossiles par des énergies renouvelables pour la production d’électricité et le chauffage. Une réduction supplémentaire de 14% est possible en restructurant  notre système de transport et en limitant le recours au pétrole et au charbon dans le secteur industriel. L’arrêt de la défo­restation au niveau mondial permet de gagner 16% supplémentaires. Finalement, des campagnes de reforestation et de gestion adaptée des sols peuvent conduire à la séquestration dans la biomasse de 17% de nos émissions actuelles (…) Toutes les connaissances nécessaires à cette réduction des émissions de 80% d’ici 2020 sont disponibles. La seule chose requise est une gouvernance à la hauteur des enjeux”.

 

La construction de la nouvelle économie

La clé de voûte de la construction de cette nouvelle économie est la création d’un marché qui dise la vérité écologique, ce qui si­gnifie l’incorporation des coûts indirects de fourniture des biens et services dans le prix du marché sous forme de taxes. “Par exemple, une taxe sur le charbon incorporant l’accroissement des dépenses de santé associées à la pollution de l’air induite, les coûts des dommages dus aux pluies acides et les coûts du changement climatique, encou­ragerait des investissements dans des sources d’énergies renouvelables telles que l’énergie éolienne et la géothermie”. En parallèle, il faudrait redéployer les subventions accordées - chaque année, les contribuables du monde entier paient environ 700 milliards de dollars sous forme de subventions en faveur d’activités destructrices de l’environnement -, transférer ces aides vers des formes de production d’énergie sans effet destructeur sur le climat

 

Construire un autre futur

Le total des budgets social et environnemental, constituant l’épine dorsale du Plan B, représente une dépense annuelle de l’ordre de 160 milliards de dollars, ce qui correspond au tiers du budget militaire des Etats-Unis et au sixième du budget militaire global ! “Transférer un sixième du budget militaire mondial sur celui du Plan B serait plus que suffisant pour mettre le monde sur un chemin de progrès durable. Nous pouvons créer une communauté globale où les besoins de chacun sur Terre seraient satisfaits – un monde qui nous permettrait de nous considérer comme civilisés (…). Il ne fait aucun doute que nous entrons dans un nouveau monde. La seule question est de savoir s’il s’agira d’un monde de déclin et d’effondrement ou de restauration de l’environnement et de progrès écologique. L’homme peut-il se mobiliser suffisamment rapidement ?”

 

Pour en savoir plus

www.alternativeplanetaire.org

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La nature nous sauvera

Encore faut-il savoir l’écouter…

 

François Couplan

ethnobotaniste

interview Maya Ollier

 

J’ai lu avec attention votre dernier livre, “La nature nous sauvera”. J’ai relevé quelques phrases au fil de ma lecture, en vous proposant d’y réagir spontanément, ce que vous avez accepté et je vous en remercie. La première : “Si l’humanité vient à disparaître, bactéries, insectes, champignons et autres organismes premiers, quant à eux, persisteront.”

C’est probable. Plus un organisme est complexe, et l’être humain est éminemment complexe, plus il est fragile. Nos capacités d’adaptation sont grandes, mais limitées, et si de gros changements interviennent, par exemple dans la composition de l’atmosphère, nous disparaîtrons. Les bactéries sont d’une adaptabilité à peu près totale, certaines vivent dans des conditions dans lesquelles la vie est à peine imaginable. Quant aux insectes, la plupart ont une résistance absolument phénoménale à toutes sortes de modifications de l’environnement.

 

 “L’idée n’est pas de faire du catastrophisme, même si je sais à quel point il est important d’être prêt”

Tout change, notre civilisation n’a pas toujours existé et n’existera pas toujours, il y aura des modifications qu’on ne prévoit pas, aussi bien dans notre vie personnelle, relationnelle, émotionnelle, professionnelle que dans la vie de l’humanité. D’où la nécessité de prévoir le changement. Il est tout à fait possible qu’on n’ait plus, par exemple, la possibilité d’utiliser l’énergie fossile comme on le fait actuellement et donc qu’il devienne impossible de cultiver industriellement ou de conduire une voiture. Il serait bon de prévoir à l’avance comment faire dans ce cas-là. Soyons prêts !

 

“La révolution commence à l’intérieur et pas chez les autres” ?

Si l’on veut que le monde change, nous devons le faire changer, donc nous devons changer. Mais je n’ai pas la recette, nous devons la découvrir, et de toute façon, ce qui importe, c’est le processus, pas la finalité.

J’ai été étonnée de la dimension “spirituelle” de vos propos, même si ce n’est peut-être pas le terme approprié, mais vous semblez avoir une démarche intérieure…

Nous avons tous une démarche intérieure, et la spiritualité est partout. Il n’y a pas de différence entre le matériel et le spirituel, ce ne sont que des niveaux différents de la même énergie. Mais nous sommes dans une civilisation qui, depuis le néolithique, a décidé de mettre l’accent sur le matériel, en occultant presque totalement la dimension spirituelle, qui a strictement été dévolue à la religion. Il y a des professionnels de la religion et l’on est censé penser au spirituel le dimanche quand on va à la messe et c’est tout. C’est une façon complètement dichotomique de vivre sa vie.

Donc ma démarche est spirituelle, bien sûr ; votre démarche, en me posant des questions, est spirituelle aussi ; la démarche du scientifique extrêmement cartésien est spirituelle également, lui aussi cherche…

 

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Nourrir l’esprit aussi

Comprendre le lien entre les aliments et le chemin spirituel

 

Selim Aïssel

fondateur de la Psycho-Anthropologie

Interview Pascale Ash

 

Les trois nourritures

En lisant divers textes sur les recherches menées par Aurobindo, je pense avoir saisi une dimension nouvelle de votre enseignement. D’après ce que je comprends, Aurobindo cherchait à faire naître un “homme nouveau” à partir d’un travail au niveau cellulaire. Ce qui m’est apparu clairement, c’est que l’enseignement que vous nous donnez, de façon beaucoup moins violente, beaucoup plus subtile aussi peut-être, a un effet à ce niveau-là aussi. Je pense par exemple aux efforts que vous nous proposez de faire sur la non manifestation de nos émotions négatives, un travail qui change certainement jusqu’à notre biologie… Est-il juste de penser que s’effectue par ce biais-là un changement au niveau cellulaire qui permettra éventuellement de faire émerger un homme nouveau ?

Oui ! Vous connaissez les trois nourritures de l’être humain : les aliments, l’air, les impressions. Ces nourritures doivent être de qualité. Certains “maîtres”, comme Auro­bindo et quelques autres, dont R. Steiner en Occident, essaient d’introduire une transformation dans l’être humain jusqu’au niveau cellulaire, ce qui semble loin du spirituel mais qui, en réalité, en est tout proche. Pourquoi ? Parce qu’ils ont constaté que l’être humain est en train de se densifier, de se matérialiser, de s’enfermer dans la matière, à cause des nourritures dénaturées dont il se remplit : aliments industriels, médicaments chimiques, air pollué, impressions néfastes. L’être humain est depuis deux siècles environ en train de se matérialiser de plus en plus fortement, ce qui signifie qu’en lui, bientôt, ne pourra plus s’incarner un esprit. Ce qui fait qu’Aurobindo, Steiner et quelques autres, dont je fais partie, s’efforcent de faire entrer dans la matière, et jusque dans la moindre cellule du corps humain, des impulsions curatives de ces forces matérialisantes que subissent aujourd’hui les êtres humains par le biais des aliments, de l’air et des impressions.

 

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Produire du sens

De la nécessité d’acquérir une vision globale

 

Maurice Meyer

agriculteur en biodynamie

 

 

Respect de la terre

Souvent, les visiteurs de passage à la ferme me demandent le pourquoi de mon engagement pour l’agriculture biologique et biodynamique. Je leur réponds : “Pour produire du sens”. Devenir paysan pour empoisonner la terre, l’air, l’eau et les aliments dont nous avons besoin n’a pas de sens pour moi.

Adolescent dans les années 70, je refusais déjà instinctivement de faire les travaux d’épandage d’engrais chimiques et de pesticides de synthèse sur l’exploitation familiale, au grand dam de mes parents.

Trente ans plus tard, l’agriculture industrielle dans nos pays occidentaux est encore plus enferrée dans les excès sur tous les plans : utilisation massive d’intrants de synthèse, spécialisation et mécanisation à outrance, élevage industriel dégradant la condition animale, saccage des paysages, perte de fertilité et érosion forte des sols, et avec peu de prise en compte de sa dimension sociétale (lien avec son terroir et les besoins des habitants).

Les discours récents font miroiter comme solutions techniques le recours en masse aux organismes génétiquement modifiés pour la production végétale, et au clonage à échelle industrielle pour les productions animales, pour venir en aide aux populations affamées dans de nombreux pays en voie de développement et pour produire des aliments à bas coût en période de crise économique généralisée.

 

Vérités sur la filière coton

Étant devenu un “spécialiste” en matière d’agriculture, l’idée me vint un jour que cette tendance destructrice pourrait aussi être à l’œuvre dans d’autres domaines d’activités humaines. Après quelques prises d’informations et des rencontres pertinentes, je pus constater que rien - industrie, transports, recherche, éducation, santé… - n’échappe au rouleau compresseur de la pensée unique.

Quelque temps plus tard, j’eus l’occasion de collaborer avec l’industrie textile et de me faire une idée personnelle et concrète de la situation. J’étais chargé d’un audit d’une filière de production de coton qui me conduisit des champs de production en Afrique et en Asie jusqu’aux locaux des importateurs européens, en passant par toutes les étapes de transformation, des usines immenses et ultramodernes aux ateliers exigus des sous-traitants divers. Dans l’habillement, on note une proportion de plus en plus grande d’articles fabriqués à base de fibres de synthèse issues de l’industrie du pétrole, et une marginalisation de l’utilisation de fibres d’origine agricole comme le lin, le chanvre ou encore la laine, le mohair et l’alpaga. Seul le coton a tiré son épingle du jeu et, du coup, gagne notre sympathie. Mais lorsqu’on y regarde de plus près, on se rend compte que le qualificatif de “naturel”, en opposition aux fibres de synthèse, est à relativiser. Le coton est devenu une des grandes productions mondialisées, comme le café ou le sucre, en occupant près de 2,5% des terres cultivables dans le monde. Le cotonnier, arbuste rustique à l’origine, a été hyper sélectionné pour devenir une plante annuelle qui produit ses fibres en trois mois. Introduit sous toutes les latitudes, il est devenu la cible de nombreux prédateurs et on utilise actuellement pour sa production près de 25% des insecticides consommés dans le monde ! On lui réserve les meilleures terres, il est souvent cultivé en monoculture, le recours à l’irrigation intensive a fortement contribué à des catastrophes écologiques telles que l’assèchement de la mer d’Aral.

 

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L’agriculture bio

Revenons à une logique de territoire

 

Jacques Caplat

agronome et ethnologue

interview Maya Ollier

 

Jacques Caplat, qui êtes-vous ?

Je suis à la fois agronome et ethnologue. J’ai notamment travaillé huit ans à la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, où je contribuais à coordonner les groupements régionaux d’agriculture bio et à négocier les politiques agricoles avec Bruxelles, avec le ministère de l’agriculture et le ministère de l’environnement. Vaste dossier !

 

Bio dans les cantines scolaires

Vous êtes à l’origine des repas bio dans les cantines scolaires ?

Pas directement. J’ai participé à l’introduction de la bio dans les cantines scolaires à Paris en tant qu’élu d’arrondissement, grâce à un adjoint à la Mairie de Paris, Eric Ferrand, qui était aux affaires scolaires dans la mandature précédente et issu du même arrondissement que moi. Sachant que je travaillais dans l’agriculture biologique, il m’avait demandé de lui expliquer l’intérêt de ce projet et j’avais, je pense, contribué à lui faire prendre conscience de ce qu’était vraiment l’agriculture bio. Au départ, il en avait une image assez négative, et la considérait plutôt comme une mode “bobo”. Je lui ai expliqué toutes les valeurs que porte le bio en matière de protection de l’environnement et de lien au territoire, ce qui lui a beaucoup plu et lui a peut-être permis d’être plus dynamique dans la mise en place des repas bio en cantines scolaires, ce qu’il aurait fait de toute façon dans la mesure où l’accord de mandature le lui imposait, mais je pense qu’il l’a fait avec plus de conviction une fois qu’il en a compris l’intérêt.

 

Maîtrise du vivant

Au-delà de l’intérêt gourmand d’une bonne alimentation, quel est l’intérêt de l’agriculture bio, en termes de rapport au territoire, par exemple ?

Mon entrée ethnologique m’a amené à creuser le lien entre le territoire et l’agriculture. De toute façon, une agriculture, c’est la manière dont une société prend la maîtrise de son environnement. Ce peut être une maîtrise modérée et respectueuse, ou ce peut être une maîtrise de domination absolue comme certaines agricultures “déviantes” du type agriculture intensive agro-industrielle qui, finalement, nient l’environnement : on est les maîtres et on fait ce qu’on veut, on se positionne comme des dieux tout-puissants face à la nature, on se veut capables de faire pousser des cultures sans terre, de modifier le vivant avec des manipulations génétiques…

 

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Ré-ensemencer l’avenir

Pour n’avoir rien donné, nous aurons tout perdu…

Philippe Desbrosses

expert en agriculture biologique

 

Philippe Desbrosses est docteur en science de l’environnement, agronome, expert depuis plus de vingt ans auprès de la Commission de Bruxelles et du Parlement Européen, ainsi qu’auprès de notre ministère de l’agriculture. C’est lui qui, dès 1973, fait reconnaître l’agriculture biologique, en co-créant le label AB. On le qualifie volontiers de “pape de la bio”… Il a fondé un centre pilote européen en agriculture biologique à la ferme de Sainte Marthe, ferme familiale de la famille Desbrosses, à Millançay, en Sologne.

 

Le Titanic ?

La fin de l’espèce humaine ? Tous les voyants sont au rouge et pourtant, nous n’avons pas encore réalisé la gravité et l’urgence de la situation. Ceci me fait penser au comportement des passagers des premières classes du Titanic avant qu’il ne sombre : le champagne coulait à flot, l’orchestre jouait de plus en plus fort et tout le monde s’étourdissait à qui mieux mieux pour ne rien voir et ne rien entendre. La catastrophe de ce naufrage ne concernait que quelques Terriens, mais aujourd’hui, l’enjeu est non seulement la survie de l’espèce humaine, mais la survie de toutes les espèces vivant sur la Terre.

 

Convergence des crises

Si je raisonne avec pragmatisme et rationnellement, je n’ai aucune raison d’être optimiste. Matériellement, nous ne pouvons pas sortir indemnes de cette situation. Nous sommes déjà dans une configuration de non-retour. Le plus grave n’est pas la dernière goutte d’eau ou la dernière goutte de pétrole, le plus terrible est le choc des flux migratoires. Ils sont déjà perceptibles et vont projeter des millions d’êtres dans une confrontation ultime.

J’avais écris en 1988, dans “Le krach alimentaire”, sous le titre de “Prospérité trompeuse”, que “tous les désordres et les déplacements de populations suscités par les convoitises exacerbées des pays industrialisés qui ont pillé les ressources et déstabilisé les équilibres socio-économiques des pays les plus fragiles provoqueraient intégrisme, terrorisme et immigrations anarchiques”. J’ajoutais que notre aveuglement et notre égoïsme nous empêchaient de voir que la seule façon de faire face à cette vague déferlante des exclus vers les nantis était de partager nos biens et nos savoirs, pour recréer chez eux un mode de vie supportable… Sinon, notre aveuglement se traduirait par un gigantesque holocauste… et pour n’avoir rien donné, nous aurons tout perdu…  Eh bien, nous sommes face au destin que nous nous sommes forgé. Nous sommes pour la première fois dans l’histoire connue de l’humanité devant une situation inédite : toutes les crises se sont donné rendez-vous et nous ne savons pas en mesurer les conséquences, car ce choc frontal est d’une exceptionnelle ampleur, avec la convergence des crises climatique, énergétique, économique, financière, démographique, alimentaire, écologique, sanitaire.

 

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Comprendre la biodiversité

Pour créer ensemble une humanité réellement humaine

 

Prof. Robert Barbault

Ecologue, expert en biodiversité

Interview Maya Ollier

 

 

Qu’évoque pour vous cette fin de l’espèce humaine dans un avenir que d’aucuns disent proche ?

Toute espèce est appelée à disparaître. Cependant, l’espèce humaine peut maîtriser son destin, il s’agit donc plutôt de savoir si elle est potentiellement capable de survivre en tant que porteuse d’humanité. Pour moi, l’espèce humaine aura cessé d’exister quand elle aura détruit sa dimension humaine par ses mauvais comportements. Donc la vraie question est : est-ce que la dimension humaniste de l’espèce humaine va survivre à une organisation technologique, industrielle, de mondialisation, du marché libre ? C’est ce qui transpire des problèmes du monde d’aujourd’hui, et c’est là que se joue l’avenir de l’humanité : en termes spirituels, humains, de valeurs de civilisation. On peut imaginer que des humains continuent à vivre longtemps comme des poulets… mais l’enjeu n’est pas l’extinction ou non, c’est : sommes-nous capables d’engendrer une nouvelle civilisation planétaire, écologique, humaniste ? Je ne suis pas totalement pessimiste, mais combien faudra-t-il de catastrophes pour que la leçon passe ? Nous avons encore du temps devant nous, n’est-ce pas, puisque l’espérance de vie des espèces se compte en millions d’années…

Que faudrait-il pour faire émerger cette humanité “humaniste” ?

La crise actuelle est le symptôme à partir duquel il peut y avoir reprise de conscience du fait que nous sommes issus du vivant, de la biodiversité, de la nature. C’est après une réconciliation avec la nature et avec nos racines que nous pourrons restaurer notre singularité, qui est d’être capable d’humanité. Ce n’est pas en nous opposant à la nature, mais en nous la réappropriant, en retrouvant notre res­ponsabilité vis-à-vis du reste du vivant, que nous pourrons restaurer notre vocation humaine, humaniste et humanitaire.

 

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Hérédité ou mémoire ?

Ce que n’explique pas la génétique, le célèbre biochimiste britannique Rupert Sheldrake l’explique par la résonance morphique

Rupert Sheldrake

biochimiste

Interview Maya Ollier

 

Mémoire collective

Vous êtes un scientifique de renom, biologiste de surcroît, et cependant, vous mettez à mal la génétique avec vos recherches sur la résonance morphique et la mémoire collective… Cette dernière s’apparente-t-elle à la notion jungienne d’inconscient collectif ?

L’inconscient collectif est en effet une mémoire collective, mais strictement appliquée à l’humain. Or selon moi, la mémoire collective s’applique à tous les règnes de la nature et pas seulement aux espèces vivantes comme les humains, les animaux et les végétaux, mais aussi au monde minéral, les cristaux par exemple. Pour moi, la nature toute entière a une mémoire collective.

Limites de la génétique

Mais alors, comment cette mémoire se transmet-elle, dans les végétaux par exemple ? A travers le code génétique ?

Non, pas par les gènes. La résonance morphique n’est pas génétique. Elle est un transfert direct d’informations, sur la base d’une similarité entre l’émetteur et le récepteur. Elle transmet non seulement la forme et la structure des organismes vivants, mais aussi leurs comportements. Les gènes ne transmettent que des informations génétiques, et celles-ci ne concernent que les séquences d’acides aminés et de protéines. Rien de plus.

 

Certains scientifiques aujourd’hui disent pourtant que l’esprit lui-même est transmis génétiquement !

C’est absurde. Le rôle des gènes est grandement surestimé, alors que nous savons exactement ce que font les gènes : ils codent pour les protéines. En d’autres termes, ils nous permettent de fabriquer des protéines au niveau organique. Sans cette capacité-là, nous n’existerions pas, ou alors nous deviendrions des mutants en fabriquant des gènes défectueux, qui à leur tour fabriqueraient des protéines défectueuses, ce qui veut dire que nos corps physiques seraient eux aussi défectueux. Accorder aux gènes une autre fonction relève du fantasme. L’idée que tout ce dont vous héritez est codé dans votre A.D.N. (la forme de votre nez, les schémas de comportement répétitifs dans votre système familial, l’instinct d’une hirondelle qui sait qu’elle doit migrer de la France vers l’Afrique en automne même si elle n’a pas été élevée par ses parents ou par d’autres hirondelles…), cette idée est une illusion : c’est impossible ! L’A.D.N. code pour les protéines, et rien d’autre. Comment un gène peut-il passer de la capacité de fabriquer la bonne protéine à la capacité de migrer instinctivement vers le bon pays d’Afrique !?

 

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