Problématiques familiales & maladies

Coline d’Aubret,

présidente de la Fédération de Psychogénéalogie, Constellations Familiales et Systémiques

 

Principes de base

Nous savons aujourd’hui que l’origine de nos souffrances n’est pas une, mais multiple. Vouloir asséner des “vérités” pour expliquer pourquoi nous souffrons n’est qu’une manifestation de notre ignorance, ou de notre vanité et de notre sentiment de toute-puissance : rassurant, mais illusoire ! Ce qui signifie qu’aucune technique ne pourra jamais, à elle seule, être un remède suffisant pour tout ce qui nous arrive de malheureux. L’acceptation de la complémentarité entre les approches est la condition première pour sortir de nos enfermements, et vouloir imposer son point de vue, sa théorie, sa méthode, blesse d’un coup les trois grands principes de base qui gouvernent tout système, et donc les êtres humains, qui sont un système, individuellement et collectivement :

• Le principe de réalité : nous sommes tout petits face aux forces qui nous dépassent, et nous sommes tous interdépendants, de façon indissociable.

• Le principe de priorité : le développement de notre individualité passe par le respect des besoins du ou des groupes auxquels nous appartenons de fait, au sein d’une hiérarchie établie dans un ordre précis et rigoureux, où chacun a sa juste place.

• Principe d’équilibre entre donner et recevoir : tout ce que nous avons, tout ce dont nous disposons, nous le devons toujours à quelqu’un : à nos parents la vie, à la vie encore plus, et à tous les autres la gratitude.

La conscience individuelle

La conscience individuelle a pour fonction de réglementer notre appartenance au groupe. Aussi longtemps que je respecte les règles du groupe, je lui appartiens. Si je remets ces règles en question, je mets en danger mon appartenance. Bert Hellinger, pionnier du travail en constellations, s’est intéressé pendant de longues années à la question fondamentale de la nature de la conscience et à sa fonction.

Qu’est-ce que la mauvaise conscience ? Un sentiment désagréable, accompagné de la sensation d’être mal dans sa peau, l’envie de se cacher (la honte) associée la plupart du temps à un fort sentiment de culpabilité.

Qu’est-ce que la bonne conscience ? Une sensation de bien-être plus discrète, légère, à peine palpable, comme l’innocence !

Nous connaissons l’une et l’autre. Mais elles ne se manifestent pas de la même façon dans les mêmes circonstances.

La conscience individuelle est relative et n’a que peu à voir avec le bien et le mal : un soldat qui déserte est considéré comme un traître et aura mauvaise conscience, quand bien même il serait un fervent anti-militariste. D’autres soldats sont atteints du “syndrome du survivant”, dont l’explication nous a été donnée par Anne Ancelin Schutzenberger : la personne se sent coupable et a mauvaise conscience d’être restée en vie après la guerre, alors que ses amis ont disparu.

A l’inverse, les membres d’une bande de malfaiteurs n’ont pas mauvaise conscience quand ils réussissent un mauvais coup. Par contre, si l’un échoue, il sera embarrassé et aura honte vis-à-vis des autres, il aura mauvaise conscience.

Les notions de bien et de mal, de culpabilité et d’innocence, de vérité et de mensonge… sont changeantes : elles dépendent du groupe auquel on appartient et de son cadre de références.

 

Notre premier groupe d’appartenance : la famille

A notre naissance, notre survie dépend entièrement de notre entourage : cette communauté a des règles précises quant à ce qui est juste ou faux, bien ou mal, beau ou laid, désirable ou méprisable, permis ou interdit.

Quelques exemples : dans une famille, il est normal de se méfier des voisins ; dans une autre, les bonnes relations avec le voisinage font partie de la vie quotidienne. Chez les uns, une importance très grande est accordée au “look”, aux vêtements que l’on porte ; chez les autres, ceci n’est que futilité et on regarde le côté solide et pratique.

Ailleurs, il est méprisable de mentir, et ici, mentir est un moyen rusé de se sortir d’un mauvais pas ou d’obtenir des avantages. Chez vous, manger est au centre des préoccupations… et des plaisirs ; chez un autre, les repas sont expédiés comme une contrainte de la vie. Chez nous, un sou est un sou ; ailleurs, l’argent est dépensé sans compter. Chez nous, il est essentiel d’être le meilleur à l’école ; chez votre meilleur ami, il suffit de faire des efforts pour avoir l’estime de toute la famille…

Notre conscience est un censeur : elle trie ce qui est toléré et ce qui doit être rejeté. L’enfant intègre ces lois familiales et en fait son propre cadre de références. Quand il grandit et élargit son champ d’action, il découvre d’autres familles, d’autres modes de vie, d’autres règles, il est amené à se lier à des personnes qui ont d’autres visions du monde. Les compromis vont devenir inéluctables : pour qu’une relation existe, pour se sociabiliser, il faut renoncer à certaines de ses convictions et intégrer une partie de celles d’un autre.

Exemple : souvenez-vous de la première fois où vous êtes allé dormir chez un copain. Vous avez découvert qu’on pouvait regarder la télé tous les soirs, manger des bonbons avant de dormir, ne pas se laver les dents, se coucher tard, faire du bruit sans se faire gronder, parler avec un père comme si c’était un copain, avoir la maison pleine d’amis qui débarquent sans prévenir et s’invitent à partager le repas. Exactement le contraire de chez vous ! Il faudra bien, si je veux conserver ce copain, que je me glisse dans cette nouvelle façon de vivre, au moins de temps en temps. Sans doute même que je ne dirai rien à mes parents qui, peut-être, ne voudraient pas que j’y retourne ! Ainsi, avec mauvaise conscience, je vais trahir mon clan : c’est une nécessité pour continuer ma croissance.

Notre intégration passe inévitablement par l’expérience (éprouvante) de la culpabilité et de l’infidélité. En même temps, personne ne peut se permettre de perdre son appartenance, au risque de grandes souffrances. Les conséquences d’une exclusion d’un système sont douloureuses et lourdes de conséquences.

 

La conscience systémique

La conscience systémique obéit à des lois universelles, dont le non-respect conduira l’un ou l’autre membre du système à compenser l’infraction, le plus souvent inconsciemment, en prenant à son compte les émotions ou le destin de celui qui a été lésé d’une manière ou d’une autre.

 

Les blessures à la conscience systémique

L’exclusion

Le principe d’appartenance, qui interdit à un groupe de rejeter un de ses membres, même “coupable” d’une infamie (puisque chacun a le même droit d’appartenir à ce groupe que tous les autres membres), est le plus important qui soit. La bonne conscience que nous procure l’obéissance au cadre de références de notre système familial est souvent incompatible avec les lois de la conscience systémique, beaucoup plus puissantes que celles de la conscience individuelle.

Des difficultés physiques parfois très graves comme un accident ou une maladie mortelle, des problèmes psychologiques comme la dépression, ou tout type de problèmes récurrents, sont les conséquences d’une blessure aux principes systémiques, à la conscience systémique. Ces souffrances viennent de la contradiction, du tiraillement interne, entre le besoin d’appartenir qui nous pousse à agir dans le sens des valeurs de notre système familial - quitte parfois à en mourir ! - et la nécessité de respecter les principes systémiques qui s’appliquent dans tous les groupes humains, du plus petit (le couple) au plus grand (famille, nations, humanité).

Exemple : s’il semble naturel et légitime d’exclure des réunions de famille la tante Gertrude depuis qu’elle a eu, il y a quinze ans, une relation extraconjugale avec un ouvrier agricole (donc une faute pour cette famille aisée et bien-pensante), ou s’il est “gentil et délicat” de ne jamais parler du frère mort-né de maman pour ne pas lui faire de peine, nous blessons en fait le principe de réalité, car chacune de ces personnes, exclue en toute bonne conscience, appartient pour toujours à notre famille. Le système ne peut pas accepter qu’on en exclue une seule, ni même qu’on l’oublie, et la mémoire familiale peut continuer pendant de nombreuses générations à rappeler l’exclu, sous la forme des difficultés citées plus haut.

Prendre le fardeau d’un autre

Par amour pour notre famille, nous acceptons de porter de bien lourds fardeaux. Le départ de papa laisse une place vacante auprès de maman, et le fils tente de le remplacer pour la soutenir. Ou bien, pour éviter de voir ce père partir, ou mourir, c’est-à-dire pour partir à sa place, la fille développe une maladie ou accumule les accidents jusqu’à celui qui lui sera fatal. Parfois aussi, l’enfant prend le parti de l’ex-conjoint de sa mère, dont elle dit du mal et qu’elle ne veut plus voir… Chaque fois que je prends le fardeau d’un autre, ou que j’occupe la place d’un “grand” alors que je suis le plus jeune dans le système, je blesse le principe du rang et de la place et je paie le prix fort. Sans aucun résultat bénéfique pour le système ! Je ne fais qu’ajouter de la souffrance, la mienne, à la souffrance déjà existante, et la souffrance de l’un ne délivre pas l’autre.

J’expie pour les erreurs d’un autre

Chaque fois qu’un mal est fait, le système trouve le moyen de le compenser : à votre insu, vos problèmes financiers, votre incapacité à assumer votre vie sentimentale, vos déboires perpétuels peuvent trouver là leur source. Il faut que quelqu’un “paie”. Ou alors vous ne comprenez pas d’où vient votre sentiment chronique de culpabilité : à qui appartient-il ? Qu’expiez-vous à la place d’un autre ?

 

Rappel essentiel

On ne peut en aucun cas se contenter d’une approche systémique pour soigner les troubles dont on souffre : il faut veiller à vérifier l’origine de ces troubles auprès de personnes compétentes car, encore une fois, il n’y a pas de cause (ni d’explication) unique. Par contre, si l’origine du trouble est systémique, les traitements et autres accompagnements thérapeutiques verront leurs effets renforcés. Parfois même, le problème récidivant disparaîtra ou le développement de la maladie s’arrêtera.

Travail en constellations

Les constellations familiales (mais aussi professionnelles, ancestrales, thérapeutiques…) se déroulent en deux temps :

• Mise en évidence des dynamiques cachées qui sont à l’origine des problèmes (Quel principe systémique a été blessé ? Où se trouve la blessure ?)

• Recherche d’une meilleure solution que celle, apportée par amour, mais de façon douloureuse, par celui qui a le problème aujourd’hui.

Une palette de protocoles (constellations dites structurelles, sagesse des mouvements spontanés de “l’âme”, qu’on laisse se manifester librement et en douceur, ou celle encore plus grande du “souffle de l’esprit”), viendra apporter une première impulsion de réparation, plus respectueuse des principes systémiques que la famille du client a bafoués par ignorance. L’impossible d’aujourd’hui peut devenir le possible du lendemain, même si ce lendemain se situe dans les jours, semaines ou mois qui suivent la constellation.

 

Pour en savoir plus

www.constellations-lahore.com

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Psychologie des techniques psycho-corporelles

Alain Falduzzi,

formateur d’enseignants en méthodes psycho-corporelles

 

Réhabiliter le corps

La pensée occidentale nous a fait croire que “dans un corps sain, il faut un esprit sain” ou bien encore que “le corps est le temple de l’esprit”. Pire encore, certains ont diabolisé le corps et la sexualité, jusqu’à ce que le philosophe allemand Nietzsche décide d’engager un combat contre les “contempteurs du corps” ; que Freud et ses successeurs le réconcilient avec la sexualité ; que les philosophies orientales le resituent à sa véritable place ; que les scientifiques modernes nous conduisent à comprendre à nouveau que le corps et l’esprit (pensées, sentiments) sont une unité, les deux faces de la même pièce. C’est à travers son corps que l’être humain manifeste son vécu intérieur et c’est avec lui qu’il prend contact avec le monde et les autres.

La pratique des mouvements et postures des techniques psycho-corporelles, au-delà de ses effets physiologiques et physiques, agit en profondeur sur le psychisme, provoquant parfois une catharsis et toujours une structuration et une harmonisation intérieures. Elle n’est pas une panacée, mais s’applique en priorité :

• d’une part, à ceux qui ont une prédilection pour toutes les formes d’expression corporelle car pour eux, elle sera un moyen essentiel d’entrer en contact avec leur inconscient ;

• d’autre part, à ceux qui se savent ou se sentent aliénés à leur corps ou à leur être et désirent se mettre à nouveau en relation plus profonde avec lui.

Nous ne discuterons pas les causes de l’aliénation, qu’elles soient éducatives (familiales, religieuses) ou encore sociales (mode, image médiatique…). A chacun, la pratique permettra de découvrir que le corps n’est que l’ultime frontière matérielle de la psyché, dont tous les processus se répercutent immédiatement dans les muscles, tendons, articulations, cellules, pour y reposer ou y “travailler” comme une mémoire vivante qui peut être réanimée à chaque instant.

 

Le geste et l’émotion

Sans défendre particulièrement le point de vue plus freudien de l’origine pulsionnelle et instinctive du mouvement ou celui plus jungien de la primauté de l’émotionnel, nous ne perdons pas de vue que le moindre geste est lié à l’être tout entier, et pas seulement à l’une de ses parties, et que l’être humain est en interrelation permanente avec le monde extérieur matériel, familial, social, culturel et thérapeutique.

Mouvements et gestes, volontaires ou involontaires, sont l’expression de nos émotions et pulsions fondamentales. Inversement, le mouvement influence ces éléments fondamentaux, et rééquilibre, affine, harmonise ou transforme le contenu de notre inconscient. Pulsions et émotions étant la source de nos troubles et de nos complexes, mais aussi celle de nos valeurs les plus hautes, nous comprenons à quel point les techniques psycho-corporelles, avec leurs phénomènes cathartiques et leurs forces de structuration, sont un instrument précieux pour l’harmonisation et la réalisation psycho-spirituelles. Nous pouvons utiliser le mouvement pour relier le conscient à l’inconscient, dans un but non seulement thérapeutique ou pédagogique, mais aussi existentiel. Le mouvement, moyen d’expression des forces instinctives, émotionnelles ou intellectuelles, est également et surtout un moyen de (re)structuration de l’individu tout entier, sachant qu’il ne peut exister de mouvement physique sans une participation des différentes composantes du conscient et surtout de l’inconscient.

Le travail avec les techniques psycho-corporelles implique une complète mobilisation. Toute émotion a un double aspect, physique et psychique, puisque la matière et l’esprit ne sont que deux aspects différents de la même réalité, le monde émotionnel se situant entre celui de la pensée et celui de l’expression corporelle. Cette schématisation nous permet de comprendre qu’il est possible de rééquilibrer la vie émotionnelle par une action corporelle ou par une action psycho-intellectuelle (compréhension, clarification, réorientation, idéation). On peut déclencher des phénomènes d’harmonisation psychique par le biais de la pensée (rêve, association d’idées, analyse) ou des mouvements. On entre ainsi en contact avec les différents inconscients - personnel, culturel ou global - pour accéder soit aux ténèbres des complexes et autres contenus refoulés, soit à la lumière du Soi.

Les différents inconscients

Au cours de l’apprentissage, nous devenons plus habiles dans la réalisation des mouvements et postures : nous remarquons qu’ils peuvent se dérouler tout à fait spontanément après la première impulsion volontaire. Petit à petit, nous faisons également connaissance avec leur signification émotionnelle ou archétypale. Des mouvements volontaires et conscients permettent à l’inconscient personnel, avec ses problématiques et ses complexes, de se manifester. Puis surgissent les contenus de l’inconscient culturel et collectif, qui ouvrent parfois le chemin vers l’individuation et la réalisation.

Nous ne perdons jamais de vue que chaque mouvement exprime toute la personnalité du pratiquant, dont les différentes parties ne sont étudiées séparément les unes des autres que pour des raisons pédagogiques, alors que leur interrelation permanente est pour nous une évidence. Cette division des mouvements et de leur qualité selon leur source est également une nécessité pour leur utilisation thérapeutique plus spécifique. Certains mouvements ou postures agissent sur les émotions et pulsions fondamentales (pulsion sexuelle, pulsion de vie, joie, intérêt, étonnement, peur, tristesse, colère, mépris, rejet…), d’autres sur les émotions dites complexes (jalousie, dépression, impatience…), d’autres correspondent à des pathologies spécifiques.

L’étude et la pratique de l’ensemble des techniques psycho-corporelles permettent de découvrir leur relation directe avec les différents inconscients. L’utilisation spécifique et dirigée relève de l’indication de l’analyste, tandis que les instructeurs pratiquent en recourant à des séances types dont le montage (succession des exercices, progression dans le temps) est conçu pour s’adresser à un large public, avec des effets harmonisants sur toutes les sphères de l’inconscient.

 

Libérer l’enfant en soi

L’attention au corps est l’une des pratiques essentielles qui conduit à la connaissance de soi et, par-delà, à celle qui dépasse “soi”, à la manière de Platon qui nous dit : “Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux”. La connaissance de soi est celle des profondeurs de soi, dans les profondeurs de l’inconscient personnel et collectif. C’est la connaissance de l’enfant en soi qui doit être ensuite dépassée pour s’élever des profondeurs vers la connaissance d’un moi supérieur, d’un Soi ou d’un maître en soi. Libérer l’enfant en soi, c’est redécouvrir le lieu de toutes les énergies de la joie et de la curiosité. C’est aussi éviter la sclérose de l’adulte qui pense avoir trouvé ce qu’il est, et, ancré dans sa fausse certitude, ne sait plus s’adapter au flux changeant de la vie. Il se conduit selon des modèles stéréotypés, se fermant ainsi le double chemin vers l’enfant et vers le sage.

Dans le domaine des mouvements, c’est perdre l’élasticité, perdre la souplesse avec une perte de la joie et de la curiosité. A travers les pratiques psycho-corporelles, il s’agit de retrouver la joie de la découverte. C’est par exemple, devant la difficulté d’un mouvement ou d’une posture, retrouver la façon naturelle, souple et facile, de les laisser s’accomplir : un lâcher-prise, non seulement de la sclérose corporelle, mais également des stéréotypes psychologiques. C’est un approfondissement qui n’a plus rien à voir avec la recherche du succès rapide et superficiel : il s’agit d’une volonté d’apprendre et d’accepter que l’inconnu, le “non-connu” surgisse.

Notre approche se veut non-violente : nous nous préoccupons beaucoup plus de la manière de faire que de ce que nous faisons, de la manière de faire le mouvement que du mouvement lui-même. Cette façon de procéder nécessite une véritable présence qui nous conduit à percevoir ce qui se cache derrière le corps physique, cet autre corps, le corps kinesthésique, cette structure dynamique et archétypique. Cette perception remet en cause l’image que nous avons de notre corps pour la reconstruire d’une façon dynamique. Nous nous percevons de plus en plus comme une unité et dépassons notre perception corporelle habituelle et fragmentée.

Le principe d’authenticité, ou de réalité, nous oblige à accepter le pratiquant ou le patient tel qu’il est, avec ses forces et ses faiblesses. Ce respect est la base de l’évolution possible du pratiquant : nous ne voulons pas qu’il soit différent de ce qu’il est. Cette attitude d’acceptation, paradoxalement, le met dans la meilleure position possible pour progresser. Nous lui permettons, en étant présent à lui, de devenir conscient de ses limites actuelles et de se situer naturellement, authentiquement, dans la dynamique du travail. C’est ce pour quoi il est venu : apprendre. Nous favorisons l’inversion de son attente d’aide : qu’il arrête de rechercher le soutien dans le monde extérieur ou les autres et découvre ses potentialités à l’intérieur de lui-même. De là notre pédagogie des mouvements, exercices et postures, plus démonstrative que directive. Bien que notre philosophie soit plutôt hédoniste, face aux réalités incontournables comme le handicap physique ou l’âge, notre proposition au pratiquant est encore une fois l’acceptation de la réalité. La vie n’est pas que “rose”. Il s’agit d’apprendre à vivre de la façon la plus harmonieuse et la plus heureuse possible, en acceptant pleinement le côté plus sombre de l’existence. Ceci relève de “l’intégration de l’ombre”.

 

Authenticité dans la présence

L’enseignement des techniques psycho-corporelles se situe dans le cadre d’une relation entre êtres humains, en particulier entre l’instructeur et l’élève ou entre le thérapeute et le patient. Si le rôle de l’instructeur et du thérapeute est bien défini, à la fois miroir et éducateur (parent), son attitude ne l’est pas moins, elle est bienveillante et non intrusive. L’instructeur n’interrompt ni le processus d’expression, ni le processus d’apprentissage du pratiquant dont il respecte l’authenticité toujours actualisée de la croissance.

Connaissant l’importance du phénomène de transfert et de contre-transfert, il évite toute attitude tendant à satisfaire ses propres besoins - de reconnaissance, d’amour, de domination… Ayant reconnu, travaillé et développé l’authenticité en lui-même, il la favorise chez le pratiquant, l’aidant par ses propres attitudes à la trouver en lui au-delà de tout comportement superficiel, d’imitation, de soumission… Il n’est pas seulement celui qui transmet une technique, il est aussi celui qui présente une qualité d’être dont nous savons qu’elle caractérise les meilleurs thérapeutes et pédagogues.

Authenticité dans la présence : être authentique, c’est être ici et maintenant dans ce que l’on fait, pas dans l’image que l’on veut donner de soi, ni dans les attitudes névrotiques et sclérosées du passé, ni dans la peur du futur, de l’échec… Ce chemin vers l’authenticité est une des bases de nos techniques. Le paradoxe apparent est qu’aider le pratiquant à être d’abord lui-même est le gage le plus sûr de sa transformation et de son progrès. En l’aidant à être présent ici et maintenant, dans l’attention aux postures et aux mouvements, il apprend à s’assumer tel qu’il est et à devenir véritablement responsable de ce qu’il veut devenir.

Nous pensons qu’il existe une éthique humaine universelle et archétypale vers laquelle tendent toutes les grandes pensées philosophiques, religieuses et spirituelles ; cependant, nous ne prenons aucune position pour définir le bien et le mal, sachant que ces définitions ont de tout temps servi à justifier les pires crimes. Notre foi dans une énergie autorégulatrice de l’organisme nous fait seulement penser que l’être humain veut toujours ce qui est bon et que, s’il se comporte mal, c’est parce qu’on a “saboté” son penchant vers le bien par le conditionnement, l’éducation…

Ainsi, notre recherche de l’authenticité définit notre code moral, qui est plutôt une philosophie de la vie : que rien ne soit vécu de façon autoritaire, mais uniquement à partir d’une compréhension et d’une valorisation intérieures.

 

Pour en savoir plus

Libre Université du Samadeva

www.libre-universite-samadeva.com

03.88.08.31.31

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Le Reiki Tao Tö KI

Idris Lahore, psycho-anthropologue

Qu’est-ce que l’énergie reiki ?

L’énergie ki (qi) est l’énergie du tao, et le tao est l’univers. Cette énergie est donc présente partout, et peut se manifester sous des formes différentes : sous la forme de mouvements, sous la forme de toutes les créatures, de tout ce qui a pris forme visible, audible et tangible non seulement par les sens humains, mais aussi par tous les appareils de mesure. Tout ce qui est, est énergie, sous une forme ou une autre, le monde visible étant de l’énergie densifiée, que nous pouvons percevoir.

Nous-mêmes sommes une partie de l’univers, une partie de cette énergie. Nous sommes de cette énergie condensée. Ceci explique pourquoi les maîtres traditionnels du reiki et du tao disent : “Je suis dans l’univers, l’univers est en moi, l’univers et moi sommes un”. Ceci est théoriquement, philosophiquement, spirituellement très bien, mais le vrai travail, ou la vraie grandeur, est de le percevoir et de le vivre ! Je suis dans l’univers, je ne suis pas séparé de lui. Même si je me sens séparé, même si les autres me rejettent ou si je rejette les autres, je reste en relation… L’univers est en moi : toute ma matière est de la matière stellaire, de la matière de cet univers, mais l’univers est en moi à d’autres niveaux encore. Par exemple, les autres sont en moi psychologiquement et neurologiquement : je me fais une image de vous quand vous êtes devant moi, et pas seulement une image psychologique.

 Mon cerveau intègre tout ce que je capte. Ainsi, je suis avec l’univers dans une interrelation permanente : je suis composé de l’univers et je perçois en moi l’univers, parce que l’univers et moi nous sommes un. Plus profondément, le praticien reiki perçoit cette réalité, plus la force qu’il reçoit est immense, et plus le reiki est présent et disponible à foison. Auparavant, il y a en lui toutes sortes de blocages, qui empêchent le reiki d’utiliser ce praticien comme un bon instrument de réception et de transmission.

Signification du kanji “reiki”

Les kanji sont d’anciens idéogrammes chinois repris par les Japonais. Le kanji du reiki signifie l’union des énergies de l’univers avec les énergies de l’être humain.

 

La pratique et ses bienfaits

Le praticien reiki a été initié à la méthode et joue le rôle d’intermédiaire ou transmetteur entre l’énergie reiki et le receveur, celui auquel elle doit être transmise. L’énergie reiki peut également être dirigée vers un objet ou une situation, et elle s’écoule partout où un besoin se fait sentir.

L’afflux de cette énergie semble fortifier, réguler, revitaliser et harmoniser celui qui la reçoit, en même temps qu’elle permet à toutes les tensions de se relâcher, induisant une profonde relaxation chez le praticien comme chez le client. Libérant les blocages énergétiques, le reiki permet de résoudre les conflits intérieurs et de dissoudre le stress accumulé, tout en nous renforçant face aux événements de la vie. Il stimule également les forces d’auto-guérison.

 

Avant tout une méthode de développement personnel

Lorsqu’un être humain est affecté de perturbations (physiques, émotionnelles, intellectuelles, énergétiques ou spirituelles), la transmission de l’énergie reiki a tendance à faire disparaître ces perturbations. Le reiki est avant tout une méthode de développement personnel (physique, émotionnel, intellectuel et spirituel). C’est pourquoi il ne se substitue pas à un traitement médical. En effet, dans le cas d’une maladie, le reiki ne guérit, ni ne soigne : l’énergie équilibre le système énergétique de la personne, ce qui, il est vrai, a le plus souvent comme conséquence de favoriser la guérison ou d’améliorer l’effet de tout traitement thérapeutique. Le reiki rétablit le bien-être et la santé dans le corps physique, il conduit à un sentiment d’harmonie, de paix et d’enthousiasme dans la vie émotionnelle, ainsi qu’à une clarté de la pensée au niveau intellectuel. Aux U.S.A. et au Canada, le reiki est utilisé en milieu hospitalier ; en Suisse, les caisses d’assurance-maladie remboursent les séances de reiki données par des praticiens agréés. Actuellement, un grand centre hospitalier français utilise le reiki dans son service d’oncologie et de soins palliatifs.

 

Les effets bénéfiques du reiki

• Il libère les tensions en conduisant à une relaxation profonde du corps et du mental.

• Il développe la vitalité et régénère.

• Il calme les douleurs et élimine les toxines.

• Il libère des tensions psychologiques du stress, de l’anxiété et de toutes les émotions négatives.

• Il améliore la faculté de concentration et la mémoire.

• Il conduit à un sommeil calme et réparateur.

• Il améliore naturellement l’ensemble de nos relations à notre entourage et à notre environnement.

• Il participe au développement personnel et permet d’éveiller et de faire croître les talents innés ou acquis.

• Il éveille la conscience du corps, des émotions et des pensées.

• Il augmente la confiance en soi et l’estime de soi.

• Il rend plus sensitif au niveau de la vue, de l’audition, du toucher, du goût et de l’odorat.

• Il développe le courage et le sens de la responsabilité pour soi-même, les autres et l’environnement (”main verte” avec les plantes et autres végétaux).

• Il développe la faculté d’empathie, ainsi que la compréhension et la sagesse.

• Il augmente la compassion, l’acceptation et l’amour des autres.

 

Reiki, généalogie et constellations familiales

Aux niveaux supérieurs, le pratiquant apprend également à utiliser cette énergie dans le domaine de la psychogénéalogie, pour agir vers le passé, dans la direction des ancêtres et aïeux, lorsqu’une personne est coupée de sa lignée et de la force de ses parents, de sa famille ou de ses ancêtres. Ceci dans le cadre de constellations familiales et/ou ancestrales (voir le site de l’Institut Français de Constellations Familiales et Systémiques :
www.constellations-lahore.com).

 

Reiki et spiritualité

Si la personne a une recherche spirituelle, les niveaux supérieurs du reiki peuvent la guider vers ce qu’on nomme la libération, la réalisation ou l’éveil.

Il est important de savoir que si l’imposition des mains et les autres pratiques occidentales du reiki visent la guérison des maladies, cet aspect est considéré comme secondaires par Usui et les maîtres traditionnels, l’essentiel étant la formation spirituelle et l’éveil de la conscience : “D’abord guérir l’esprit, le corps suivra”. (Mikao Usui)

D’un point de vue spirituel, les perturbations corporelles et psychologiques sont la conséquence d’un déséquilibre antérieur plus subtil de la circulation énergétique, qui lui-même a comme cause les limitations et les imperfections de la conscience individuelle.

 

Les trois piliers du reiki

Ce sont les bases à connaître pour devenir le meilleur instrument possible du reiki.

1. La méditation (ajikan, zen). Elle est le premier pilier du reiki, entre autres parce qu’elle permet de rassembler son attention, et pourtant, beaucoup des praticiens reiki ne méditent pas…

2. L’intention (reiji ho). Elle fait sans doute une différence encore plus grande que l’attention, ou plutôt, ce qui fait la différence est l’attention qu’on est capable de maintenir sur son intention, qui peut être, par exemple : “Que le reiki circule à travers moi pour le plus grand bien de cette personne…”, en visualisant cette énergie circulant harmonieusement en elle.

3. L’imposition des mains (chiryo). Le praticien est un intermédiaire : il n’est pas quelqu’un de grand, mais quelque chose de grand passe à travers lui.

 

Les six qualités de l’efficacité

On les appelle les qualités traditionnelles de l’efficacité véritable, parce qu’elles améliorent grandement nos capacités de réception et de transmission. On les développe, on les approfondit au fur et à mesure de sa pratique, et on finit par les intégrer à son être. Ces six qualités sont :

- l’amour,

- l’intention d’aider,

- le savoir et le savoir-faire,

- la confiance,

- le lien avec les maîtres et l’initiation,

- la concentration et la visualisation.

Les deux premières qualités vont de pair. Pour faire circuler l’énergie, ce ne sont pas les techniques, c’est l’amour, l’affection, l’amitié, la compassion, la douceur, le pardon, peu importe le nom que vous allez donner au sentiment qui doit habiter le praticien pour son client. C’est ce sentiment qui donne la vraie force et qui permet à l’énergie d’agir à un haut niveau. Il s’agit, avant chaque client, d’entrer en résonance avec le champ de l’amour, et de poser l’intention d’aider. Alors la technique passe au troisième rang. Beaucoup de praticiens savent que lorsqu’ils sont dans une émotion négative, la séance a très peu d’effets positifs pour le client. Sans contact avec le champ de force de l’amour et de l’intention d’aider, la technique peut ne servir à rien.

Troisième qualité : le savoir et le savoir-faire, c’est-à-dire la technique. Elle est basée sur l’apprentissage et sur les exercices personnels, et son but est d’amener le praticien à être un meilleur instrument, au service de ce qu’il a décidé.

La quatrième qualité supérieure est la confiance. De même que les émotions négatives, le doute limite parfois la transmission possible du Qi. Il ne doit pas y avoir d’espace pour le doute. L’esprit du praticien doit être uniquement occupé par la transmission, par exemple par un mantra (A Ba Ra Ka Kya), par la visualisation (de la personne en meilleure santé), par la pensée (du plus grand bien du client en face de lui).

La cinquième qualité est ce qu’on appelle traditionnellement le lien avec les maîtres, la “silsilla” (= la chaîne de l’initiation). Les initiations ont pour effet d’ouvrir certains points d’entrée et de sortie de l’énergie et nous relient aux maîtres du passé. Chaque initiation renforce l’attraction et la transmission des différentes formes d’énergie, ainsi que le lien avec le maître qui vous initie, et avec son maître, et le maître de son maître, et plus le lien est fort, plus l’énergie circule de façon intensive : la force vient toujours de quelque part, et plus on est en contact avec les sources de cette force, plus l’énergie coule vers nous. Ceci est évidemment aussi un des secrets de l’efficacité.

La sixième qualité est la concentration et la visualisation. Nous avons vu que l’intention (deuxième qualité) est essentielle : la visualisation permet d’intensifier cette intention. Il s’agit de visualiser non pas le problème, mais la résolution, la solution, le résultat final ; par exemple, on visualise la personne en bonne santé. Il se peut qu’on ait besoin pour cela d’images : peut-être des nuages dispersés par le vent, de la glace qui fond, un arbuste ou une fleur qui pousse, l’éruption d’un volcan, il n’y a pas de limites à ces images. Certains peuvent entendre un son, ou une mélodie. D’autres ont un goût dans la bouche, quand ils posent les mains à certains endroits. D’autres encore sentent des odeurs ou des parfums. Il existe toutes sortes de possibilités, très différentes chez les uns et chez les autres. Nous les englobons toutes dans le mot visualisation ou perception.

 

 

 

 

Publié dans la rubrique BIEN-ÊTRE, CULTURE, SANTE, SPIRITUALITE, TRADITION du numéro 31
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